Chaque poète choisit ses poèmes 01

Chaque Poète choisit dans PleinSens - N°01

( Du numéro 0 au début du numéro 13 )

 

Dans cette rubrique et les suivantes, chaque poète de la Ruche des Arts choisit lorsque c'est son tour 1, 2 ou3 poèmes parus dans 2 numéros de PleinSens; Pour remonter vers les n° 0 et 1, il faut faire défiler la liste et consulter au fur et à mesure les choix de chaque poète

 

PleinSens n°13

"Les utopies/Le rêve"

 

 

IMGP1424.JPG-“Pourquoi avoir choisi ce poème,

Sabine Kahsay Habtmichael ?"

-"J'ai choisi ce poème d'une part parce que j'apprécie sa technique, son rythme ; d'autre part pour ce qu'il nous dit. D'ordinaire j'aime les textes plutôt optimistes, gais, ou en tout cas encourageants ; celui-ci est sombre, mais tellement bien écrit, et tellement vrai... 

La tentation est grande de parcourir le monde, de découvrir les pays et les déserts, de lutter pour de grands idéaux...moi la première j'ai cédé à ces sirènes ! Et ce fut source de grande joie... mais il est vrai aussi que courir après des chimères nous éloigne de la vie, de l'amour qui, comme l'écrit Bernard, "s'arrose jour après jour A la lumière de ses baisers". Comment pourrait-on concilier les deux ? Est-ce seulement réalisable ? Faut-il nécessairement renoncer à l'un pour vivre l'autre ?

Vouloir refaire le monde est sans doute une utopie, oui. Ne peut-on refaire que son monde à soi, entouré des siens ? "Sous ton toit Il y avait un monde à bâtir"... 

Nous avons tous notre utopie ; je continue à penser que même si cela ne peut s'éterniser, prendre le temps de la vivre est un passage obligé... le tout étant de savoir quand s'arrêter ; si possible avant de "rater sa vie"..."

  

 

  

Rater sa vie

  

  de  Bernard Philippon

  la complainte du p'tit noir, la jaquette 010

 

 

Avoir traversé cent pays

Connu les faims connu les guerres

S’être saoulé de mille whiskys

Soudain mettre un genou à terre

 

Avoir traversé les déserts

Couru partout des rêves fous

Pour mettre fin à la misère

Et soudain tomber à genoux

 

Avoir voulu trouver ailleurs

Les sens des mots de l’infini

Avoir cru en des jours meilleurs

Et découvrir son utopie

 

Avoir voulu sauver le monde

Chercher très loin la vérité

S’être perdu dedans sa ronde

Loin de toute réalité

 

Avoir été de tout combat

De toutes ces luttes inassouvies

Contre tyran crier : A bas !

Et se sentir à leur merci

 

N’avoir été qu’un mercenaire

Pétri de bien des illusions

Auprès de causes millénaires

Sans s’être posé de questions

 

N’avoir pas vu que sous son toit

Il y avait monde à bâtir

Qu’une femme tendant les bras

Et un enfant en devenir

Avaient tous deux besoin de toi

Te suppliant de revenir

 

Pauvre homme ne te voyant pas

Ils viennent tous deux de partir…

 

Te voici enfin de retour

Cherchant le repos du guerrier

Mais il faut savoir que l’amour

N’est pas pour les aventuriers

Car il s’arrose jour après jour

A la lumière de ses baisers

 

 Homme, l'amour est solidaire 

Il se construit par notre envie

 

Toi l’homme qui fus éphémère

Alors ne sois donc pas surpris

 

D’avoir ainsi… raté ta vie !

 

 

Poème de Bernard Philippon

-Août 2006-

D.R.

 

bechma       

 

 

 

 

 

PleinSens n°12

"Les quatre éléments"

 

 

IMGP1424.JPG-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay Habtmichael?"

-"Je suis très sensible à la poésie rimée, aux contraintes de forme, aussi ce poème me plaît beaucoup de par son architecture. Le refrain crée un rythme qui nous semble suivre les pas légers du personnage en liesse.

Mais au-delà de sa technique, ce texte nous raconte une histoire, la plus belle : celle d'un amour naissant qui bouleverse la vie et repeint le monde, forçant à voir les choses différemment, plus colorées, plus gaies ; comment y résister ?

A la lecture de ce texte, je me sens comme un enfant qui sautille parce qu'il a reçu un beau cadeau, longtemps espéré..."

 

 

 

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L'Ange

  

  de  Thierry Scatolin

 

 

La belle mélodie envahit mes oreilles

Je me plais à y voir mon avenir pareil

A ces héros lointains, qui hantent ma mémoire

Avec mes yeux d’enfant, je scrutais le miroir

Celui que j’y voyais me donnait plein d’espoir

 

Aujourd’hui le ciel est bien étrange

Il m’a semblé, cette nuit, avoir croisé un ange

 

Qui a repeint pour moi les murs de la ville

Pourquoi cette beauté, ce matin si tranquille

Pourquoi tous ces sourires que je perçois soudain

Dans les yeux de tous ceux que je croise ce matin

C’est sans doute l’effet d’avoir compris les tiens

 

Aujourd’hui le ciel est bien étrange

Il m’a semblé, cette nuit, avoir croisé un ange

 

Je devrais avoir honte d’être aussi infantile

Je devrais raisonner pour être utile

Etre responsable, ne pas croire au miracle

Baisser la voix, baisser les bras ; oui mais voilà :

Qui vient là-bas, qui vient vers moi, bien sûr : c’est toi !

 

Aujourd’hui le ciel est bien étrange

Il m’a sans doute cette nuit, enfin, offert un ange…

 

Poème de Thierry Scatolin

-D.R-

 

 

 

bema

 

 

 

PleinSens n°12

"Les quatre éléments"

 

 


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-“Pourquoi avoir choisi ce poème,

Sabine Kahsay Habtmichael ?"

 

 

- “J’ai choisi ce poème car, dès le premier vers, il nous transporte dans un monde de sable, de caravanes et de marchands. L’Orient mythique des contes de mon enfance ! Porté par le “Vent d’Est”, le voyage se poursuit vers l’Occident, pour d’autres caravanes, de la brume et de nouveaux jours. Passer de l’un à l’autre, pour mourir, aimer, renaître, rêver… Parcours jalonné de “soupirs armés de longs espoirs”… Cela ne peut-il être qu’un aller sans retour ?

Ce texte de Reza A. Nadéri est très émouvant. Il évoque les migrations, la douleur du départ, l’espoir que représente l’ailleurs qu’on imagine toujours meilleur. “A l’ombre des platanes nos colombes se croisent ” : souhaitons qu’elles se posent côte à côte pour roucouler en chœur !”

 

 

 

 

Vent D'Est 

  

  de  Reza A. Nadéri

 

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Chante mon cœur le chant du sable et de la pierre

Du vent, de la pluie et de la vie qui passe

Dès l’aube, du désert, au chant des chameliers

Monte la poussière d’un siècle qui s’efface

Pour partir…

 

Et nos songes d’Orient bercés des caravanes

Enfantés par les vœux mystiques des marchands

Montent vers toi, soleil, pour dire la pavane

Des oiseaux qui saignent de trop pousser leur chant

Pour mourir…

 

Chante mon cœur un air d’or et de turquoise

Enfanté par la voix des prêtres et des guerriers

Dans la plaine naviguent des âmes par milliers

A l’ombre des platanes nos colombes se croisent

Pour aimer…

 

Songe, reviens-moi, et que le vent de l’Est

Accourre quand éclôt le siècle de printemps

Reverdissent tes pas sur un passé funeste

Dans les cendres tiédies la pluie compte le temps

Pour renaître…

 

Phénix ou Rossignol, que ton nom immortel

Porte les nations jusqu’aux cieux des coupoles

Que les coquelicots fleurissent de corolles

Qu’ils parlent à l’Occident d’une aurore plus belle

Pour connaître…

 

Dans les terres du Nord des robes d’émeraude

Germent dès le jour sur les ruines d’hier

Quand les mains travailleuses élevées aux rizières

Dansent sous le vent et que la brume rôde

Pour rêver…

 

Et c’est ainsi depuis les vieilles migrations

Fatigue, pleurs, soupirs armés de longs espoirs

Portés jour et nuit, fardeaux d’humiliation

Pour que l’été enfin renaisse à la nuit noire.

 

Pour partir un jour

Je prendrai les chemins

Je prendrai dans ma main

La clé du non-retour

 

Poème de Reza A. Nadéri

Paris, le 15 février 2000

-D.R-

 

 

bema

 

 

 

 

 

 

 

PleinSens n°12

"Les quatre éléments"

 

 

IMGP1424.JPG-Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay Habtmichael?

-"Personnellement je n’aime pas l’orage, mais ce petit poème me réconcilie avec la foudre ! Derrière une image très concrète, Sylvie Bourgoin cache avec une grande poésie toute la force de la nature. J’ai eu pour ces trois vers... un coup de foudre !

 

 

 

 

  Fureur de Foudre 

 

de  Sylvie Bourgouin

 

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La fermerture éclair du ciel

Se fendit

Et le soleil pénétra.

 

Extraits de "Libres cours"

de Sylvie Bourgouin

Editions Thierry Sajat

 

 

 

bema

 

 

PleinSens n°12

"Les quatre éléments"

 

 

IMGP1424.JPG-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay Habtmichael ?"

- “ On dit parfois : « Avoir les pieds sur terre permet de voir les choses comme elles sont, d'ouvrir les yeux… » Françoise Burlereaux nous propose d’avoir les yeux en terre, image - à mes yeux - très poétique. Au sein de la terre mère et nourricière, nos yeux (notre façon de voir le monde) se ressourceront à la sève de la vie et une fois grands ouverts, se feront cueillir par l’inconnu et verront la vraie nature du monde… Ce texte, très court, en dit long!”    

 

   

Tableau de Camille Pissarro 

 

 

Sans Titre 

 

de  Françoise Burlereaux

 

 

Je planterai mes yeux

Fleurs dans la terre

Vivantes dans le vent

La nuit et le soleil

Je planterai mes yeux

Fleurs dans la terre

Et l’on me cueillera bouquet

Pour mieux m’éparpiller

 

Poème de Françoise Burlereaux

D.R.

 

 

bemaal

 

 

 

PleinSens n°11

"La rencontre"

 

 

 

Photo 002-copie-1-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan ? ” 

-“Mystère du futur ou  de la vie ?  

 Rêve ou réalité ?

 Ecrits avec de simples couplets

    Ah ! si je pouvais vous donner envie… ”

 

 

 

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Le Réveil 

 

de  Chantal Rachel Guez

 

 

D’abord ce sont ses yeux

Qui ont fixé les miens…

 

Leur flot impétueux,

M’est parvenu

Soudain !

 

Dans son regard intense

Qui fouille et qui dévoile,

Dans cette mer immense,

J’ai voulu mettre les voiles…

 

Loin

De ces nuits sans fin,

Du silence des caresses,

Celles qu’on attend en vain,

 

Et puis celles qui blessent

 

Quand l’amour,

Faux semblant

De nos corps qui s’ennuient,

 

Se fait à contretemps

Des rêves, et des envies.

 

Loin

De la détresse

De ces pauvres lendemains,

 

Où jamais la tendresse,

N’accompagne le besoin.

 

Pourquoi devrais-je le taire ?

 

Le désir s’est perdu

Dans la triste galère

De ces rôles

Convenus

 

De devoir conjugal

En colères contenues

L’amour s’est fait la malle.

 

Et les corps se sont tus.

 

Moi je n’y croyais plus,

Sauf parfois, dans mes

Rêves...

Aux passions éperdues

L’illusion est si brève !

 

Quand soudain devant moi

Ses lèvres ont dessiné,

 

Ce chemin

Où je vais

Me perdre,

Ou m’éveiller.

 

 

Poème de Rachel Guez

-DR

 

 

 

bechmoma

 

 

PleinSens n°11

"La rencontre"

 

 

-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan? ” 

  

-“Présent fou pour un douloureux espoir ...”

 

 

 

 

 

La rencontre 

 

de  Pascale Bredy

 

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Qu’elle soit durable ou éphémère,

La rencontre reste sincère.

 

Doux moment échappé du quotidien,

Précieux instant

Qu’on prendrait par la main

Dans ce lourd présent.

 

La rencontre spontanée

Se voudrait morceaux d’éternité.

 

Mais elle ne reste souvent qu’une tranche de vie

Dans cette longue nuit.

Un soleil doré

Dans mon obscurité.

 

Qui voudrait un jour me prendre la main

Moi qui erre dans ce monde sans fin,

Pour que cette rencontre ponctuelle

Devienne éternelle ?

 

 

Poème de Pascale Bredy

 –DR-

 

 

bema

 

PleinSens n°11

"La rencontre"

 

 

 

Photo 002-copie-1-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan? ” 

 

-“ Est-ce l’injustice qui serait passée ?

 Peu de mots pour en exprimer beaucoup …! ”

 

 

 

Paroles perdues 

 

d’  Alexandre Romanes

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Tous ces gens que tu as croisés,

je les connais car ils sont toujours là.

Entre quelques pas de danse

et quelques coupes de vin,

ils t’ont écrasé comme de la vermine.

Toi tu pardonnes, moi pas.

J’ai souvent le souffle court

car j’ai beaucoup à dire.

Mais je ne dis plus rien.

Ce que j’ai de plus secret en moi,

c’est à toi que je le dirai.

 

Poème d’Alexandre Romanès

Extrait de « Paroles perdues »

Edition Gallimard

 

 

bechmoma

 

 

PleinSens n°10

"La Musique"

 

 

 

Photo 002-copie-1-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?" 

-"  J'ai revécu mon enfance à la campagne

   Au coin de la cheminée

   Allez goûter ce bois qui flambe

   Vous ne pourrez pas le regretter !

 

 

Sans titre 

 

de  Meg Galetti-Boucrot

 

 la complainte du p'tit noir, la jaquette 020

Meg Galetti-Boucrot  

 

 

Musique

D’un feu de bois qui flambe

Son grave, indécis et ronronnement doux.

Crépitement

Dans la cendre

De la chute d’un tison roux.

 

Bruits de chenets heurtés

De pincettes et de pelle

Chant du grillon qui appelle

La chaleur du foyer.

 

Pièce assombrie et pourtant rougissante

Du baiser vacillant de la flamme alléchée

Encore toute ardente

Se jouant de la plaque de fer forgé.

 

Objets restés dans l’ombre

Eclairés et noircis

Coins lumineux, coins sombres,

Tour à tour obscurcis.

 

La flamme de mon cœur lentement s’est éteinte

J’en respire ce soir les cendres parfumées.

 

 

Poème de Meg Galetti-Boucrot

 

 

bemodi

 

 

 

PleinSens n°10

"La Musique"

 

 

 

Photo 002-copie-1-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?" 

-"  Poèmes courts avec humour

   Pour mes méninges fatiguées

   Pour mes neurones qui ont du mal à se connecter;

   Synapses, venez à mon secours !" 

 

 

La valse des amours 

 

de  Gérard Caze

 

 GERARD CAZE

Gérard Caze

 

 

Chaque jour il devait jongler.

Mais il était très méthodique.

Son agenda était réglé

Comme du papier à musique.

 

La fille du tambour-major,

Lundi, le voyait en cachette

Pour pratiquer un corps à corps,

Lundi sans tambour ni trompette.

 

Le mardi, c’était la java,

Chez Natacha pour le folklore,

Il dansait la Bossa-nova

Toute la nuit jusqu’à l’aurore.

 

Le mercredi, à l’Odéon,

Avec Anne au violoncelle,

Il jouait du bandonéon.

Mais, ne faisait pas d’étincelles,

 

Puis il resserrait les boulons,

Le jeudi soir avec Alice.

Ils accordaient leurs violons

Pour passer une nuit complice.

 

 

Poème de Gérard Caze

 

 

bemo

 

 

 

 

 

PleinSens n°10

"La Musique"

 

 

 

Photo-002-copie-1.jpg-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?" 

 

" Sans aucun doute, vivre cela, beaucoup auraient aimé.

Seuls les souvenirs sont à transmettre, même avec un cœur blessé...!"

 

 

 

Mélodie d'été 

 

de  Jean-Claude Junillon

 

 

Peinture de Toulouse-Lautrec 

 

 

Très souvent le soir,

Mais aussi très souvent dans la journée,

Ma mère chantait

De sa belle voix ensoleillée

Les jolis chants du mois de mai.

 

Très souvent le soir

Mon père au piano composait

De belles et fortes mélodies

Sur des poèmes qu’il avait lui-même choisi.

Et il offrait ce bouquet à ma mère

Dans un geste de complicité familière.

 

Alors ma mère chantait pour nous tous

Ces nouvelles mélodies de l’été,

Et cela nous allait droit au cœur

D’entendre jaillir de ce chant toutes les couleurs

Des fleurs de mai, les fleurs de notre été.

 

C’est ainsi que toute notre enfance

Fut marquée à jamais par cette efflorescence

De l’amour fécondé par la musique,

Par la célébration du vrai et du magnifique,

Dans la chaleur du don de soi 

Et la richesse du plaisir

Oh ! temps béni, temps fécond,

Où malgré soi l’esprit s’enivre et se fortifie,

Nos cœurs sont encore emplis

De la chaleur de ces richesses partagées.

 

Aujourd’hui, hélas il n’est plus, ce temps béni,

Ce temps de notre joli mois de mai,

Le temps si doux de nos mélodies de l’été.

 

Ne reste en nos cœurs attristés

Que le souvenir en plis serrés,

De cette musique si belle

Et de nos riches heures.

 

Poème de Jean-Claude Junillon

  -DR-

 

 

bemo

 

 

 

 PleinSens n°9

"La liberté d'expression"

 

 

 

 

-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?" 

 

- “Que de jolis mots et beaucoup de douceur, pour évoquer le manque d’amour, la souffrance contenue et l’expression enfouie au plus profond de soi  « qu’on voudrait bien crier,  mais on ne le peut pas ». Je suis charmé par le langage poétique de Colette SAUVANET et c’est pourquoi, je choisis ce magnifique poème.”  

 

 

 

 

  Mots bourreaux 

 

de  Colette Sauvanet

 

 

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Colette Sauvanet

 

 

Quand les mots

voilés par la pudeur

Ne savent démêler les fleurs de la fureur 

Ils deviennent bourreaux 

jusqu’au fond de nos cœurs.

 

Quand le cœur à son tour

 Privé de mots d’amour 

Se réveille orphelin 

Dès le petit matin

Privé du moindre mot

Se ferait-il bourreau

Brandissant le couteau

sur tous nos paradis  

   

N’apparaît alors qu’un long silence langueur

si plein  non pas tant de rancœur

que de muettes douleurs 

et si pleines  de pleurs 

 au plus profond du cœur

 

 

 

Poème de Colette Sauvanet

-D.R.-

 

 

 

bechmo

PleinSens n°9

"La liberté d'expression"

 

"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?" 

- “Très joli poème et  cri poétique de Charles MATHIS, pour évoquer les libertés féminines entravées, la souffrance des femmes souvent muette, l’injustice comme institution, mais aussi leur courage, leur révolte face à ces iniquités, sans souci pour leur vie, leur combat pour un monde plus juste et pour qu’un avenir meilleur leur soit dévolu !”

 

 

 

Elle s'appelait... 

 

de  Charles Mathis

 

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  Peinture d'Olive 04

 

 

En Eden, son homme lui fit, dit-on, deux garçons.

Le saint livre le tait, mais obéissant à dieu,

Tremblante, elle enfanta d’une fille aux grands yeux bleus bleus

Qu’elle offrit plus tard à ses fils, le rouge au front.

Elle s’appelait Eve.

 

L’aube blanchissait quand le premier filet carmin

Coula lentement, sans douteur, d’entre ses cuisses,

Afin que sa douce vie de fillette s’éteignisse.

L’été suivant, on la maria à un cousin.

Elle s’appelait Salia.

 

Les deux matrones l’entravaient de leurs bras puissants,

Et la lame rouillée trancha dans son sexe fragile.

Son cri d’enfant, en vain déchira le néant.

Et le désir monta chez les garçons nubiles.

Elle s’appelait fatou.

 

Depuis toujours elle n’a pu engendrer, stérile.

Alors le rabbin de son quartier lui parla.

Elle fut muette elle savait sa défense futile.

Et son époux, sans un mot, du lit la chassa.

Elle s’appelait Sarah.

 

Elle fut dans les combats moscovites, dans ses guerres.

Elle vit les infamies, les massacres répétés.

La vérité hurlait sous sa plume enragée.

Les sicaires du pouvoir, une nuit, l’assassinèrent.

Elle s’appelait Anna Politkouskaïa.

 

poème de Charles Mathis

-D.R-

 

 

 

      bechmoal

PleinSens n°9

"La liberté d'expression"

 

 

-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"

-"Dans ce numéro 9 de plein sens dont le thème est  la liberté d’expression, je choisis sans hésiter ce percutant poème de Stéphane COTTIN, car, si nous sommes familiers avec Stéphane, de ses très beaux poèmes à résonance érotique, lorsqu’il sort de ce contexte pour se confronter à d’autres sujets tels  que la liberté ou la fraternité, « il fait mouche à tout coup » et excelle tant dans le fond que dans la forme : il parle haut et juste, criant sa soif de justice, et termine par une parole d’espoir…"

 

  

Expressions libres

 des uns,

 enchaînements

pour les autres 

 

de  Stéphane Cottin

 

Paris juin 2010 017[1]

Photo de Monique PlanqueStéphane Cottin est au centre  

 

 

Parle mon ami

Toi mon frère qui sombre chaque nuit,

Comme une ombre sur le pavé, sans bruit,

Sais-tu qu'une loi écrite, te protégeait,

Et que ton droit, par l'état est bafoué.

 

Parle mon ami

Toi mon frère que par justice on enferma à vie,

Parce que la vie t'avait maudit jusquà la lie.

Pas d'amour, pas d'enfance, et des coups pour caresses.

Aujourd'hui on te livre à ta mort quotidienne par sentence.

 

Parle mon ami

Toi mon frère interné, derrière les murs du silence,

Dans le mouroir qui te psy la raison, et te cadenasse,

Ta bouche en cadence psalmodie des prières enragées

Qui disent: je n'ai tué personne, pourquoi m'assiéger?

 

Parle mon amie

Toi ma soeur, que des hommes iniques et d'un autre âge,

ont réduite, soumise, et muselée derrière un grillage;

Ce beau visage de femme, qu'une heure la lumière épousa,

Et qu'on enferme, et qu'on enterre sous la bourca

 

Parle mon ami

Toi mon frère mon camarade, qui trente années durant,

N'osa soulever un geste de défi, devant le patron gueulant.

Ce matin fermeture! Block-out! Congédié! Il a délocalisé.

Ailleurs, il va gagner de l'or. Sur le carreau il t'a laissé.

 

Parle mon ami

Toi mon fils d'Afrique noire, semblable au mien, ici heureux

Toi embarqué, sur un rafiot pourri à vingt ans, toi si audacieux

Sur les vagues en furies, parce que là-bas, chez toi, les tiens,

On vous a dépouillés de tout, pour que mon fils ici ne manque de rien

 

Parle ma planète

    Ô oui! Parle-moi du temps jadis et si ancien à ma mémoire,

Quand les hommes n'avaient pas encore écorché ton écorce

Volé tes réserves, souillé tes océans, dilapidé tes richesses

Dis-moi que le vent caressera encore, le visage des enfants

 

Parlez-moi

 

Poème de Stéphane Cottin

-D.R.-

 

 

   

 

bechmo

 

PleinSens n°8

"Le voyage"

 

 

-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"

-"Dans ce très beau poème, de construction classique, en purs alexandrins, Eva FARAGO ARBANEY  décrit  de merveilleux voyages et séjours dans des lieux enchanteurs, par leur esprit, leur construction artistique, ou leur création ou existence naturelle, et nous fait ressentir sa nostalgie de ne plus les revoir."

 

 

 

Beaux jardins de Turquie

 

de  Eva Farago Arbaney

 

 

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Beaux jardins de Turquie à odeur de jasmin,

Somnolents le matin sous le grand ciel vermeil,

Des hommes, allaient, venaient, une fleur à l'oreille,

Et je crois les revoir dans le gris parisien.

 

Je me souviens aussi de la terre italienne,

De Florence la douce, Taormina la belle

Les jardins exotiques, les étroites ruelles

Et je sais la splendeur des églises de Ravenne,

 

Et aussi la mer chaude aux si vives couleurs,

La plage au sable blanc qui brûlait mes pieds nus.

Merveilles de ce monde, ne vous reverrai-je plus?

Je vous garde en moi-même, tant que battra mon coeur.

 

 

 

Poème de Eva Farago Arbaney

 

 

bechmo

 

 

 

 

PleinSens n°8

"Le voyage"

 

 

-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"

-"L’humour caustique et critique, les non-sens, contresens etc. de Jacques ANSAN recueillent beaucoup de suffrages, et je ne fais pas exception à la règle.

En choisissant « ÇA SERT A QUOI ? » avec lequel je me sens en accord, nous avons l’occasion de constater que le bonheur ne s’apprécie pleinement, qu’en opposition au malheur… constaté ou vécu !"

 

 

 

ça sert à quoi ?

 

de  Jacques Ansan 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 027

 

 

 

 

ça sert à quoi le malheur?

A s'inventer du bonheur

 

Pourquoi partir aux pays lointains?

Pour voir plus près les putains

Les mendiants, les lépreux et les gosses

Abandonnés comme des chiens?

 

ça sert à quoi le malheur?

A s'inventer du bonheur

 

Pourquoi partir aux îles paradis?

Pour montrer qu'on est friqué pardi?

Pour se croire unique naturel

De la planète originelle?

 

ça sert à quoi le malheur?

A s'inventer du bonheur

 

Si jamais, il n'y avait plus de malheur

Le tourisme cesserait d'exhiber ses dollars

Il n'y aurait plus personne à voir

puisque les malheureux seraient morts

 

 

 

Poème de Jacques Ansan

In "Etat des lieux"

Edition "Cercle des poètes du 18éme"

 

 

bechmo

 

 

PleinSens n°8

"Le voyage"

 

 

-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont?"

-"Ce numéro 8 de PleinSens, me permet avec du recul,  de redécouvrir les poèmes des fondateurs de la Ruche des Arts.

Après une longue période de difficultés personnelles, je découvrais les rencontres poétiques à « l’Interloque »,  et l’édition des poèmes dans PleinSens, et notamment «  A ARAXA »

 Dans ce poème, Michèle LASSIAZ  évoque avec une belle écriture, dans un style  libre très imagé, ses voyages en rêve, ou ses rêves de voyage, oscillant entre réel et imaginaire… "

 

 

 

A Araxa

 

de  Michèle Lassiaz-Chambon

 

 

 

Michele

 

 

Emmène-moi navigateur solitaire

découvrir les criques encaissées

où se terrent les oiseaux délaissés.

entrevoir un lambeau de ciel

d'un tendre bleu

entre les branches angoissées

d'un olivier.

Laisse-moi avec toi rêver

les mêmes bleus d'encre

les mêmes cieux enflammés

laisse-moi goûter les vagues

sur nos corps dénudés

et m'enivrer de ciel, d'eau,

d'infini et de bienfaisant soleil.

 

Emmène-moi, navigateur solitaire

Car je saurai me taire.

 

 

 

Poème de Michèle Lassiaz-Chambon

In "Fleurs et pleurs"

Edition: "Cercle des poètes du 18ème"

 

 

 

 

bemoch

 

 

PleinSens n°7

 

 

Photo 007- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?  

- Genèse et voyage de la pivoine. Fleur-chair incarnée s'il en est, fleur-esprit aussi, qui semble toujours nous renvoyer à  Manet et au poème de Paul Claudel "La pivoine" et cette rougeur en nous qui précède la pensée  (Cent phrases pour un éventail).

La structure en dix strophes du poème de Junillon permet d'assister à l'éclosion magnifique de la fleur, pour finir sur deux pétales, papillon blanc, chute émouvante des derniers vers. Métaphores et images très expressives sorties de la plume d'un beau poète que l'on sent botaniste à ses heures, et tendre amoureux sans doute pour nous convaincre ainsi et, sans peine par cet éloge de la reine des fleurs. Pétale d'oiseau, plume de la fleur...

  

La pivoine

de J.C.Junillon

 

 

 

 

 S'il me faut, dans un bouquet, en extraire une fleur 

Celle entre toutes qui m'apparaît différente,

Je choisis sans hésiter la pivoine charmante,

Pour la chair de sa robe et sa simple douceur.

 

Bouton déjà, elle offre à l'oeil une promesse,

Pétales larges et bien formés

Qui se recouvrent en de mutuelles caresses,

Et qui, sur elle, invitent ta main à se refermer.

 

Atteignant la maturité, elle laisse l'Aquilon

Jouer avec ses charmes. Tel tendre Cupidon.

Et ses robes multiples, autour d'elle en anneau éclatée

Sont une couronne de mariée tout à l'amour dédiée.

 

Du coeur de ce temple d'amour alangui,

S'évaporent des effluves rares, des parfums discrets,

Ou se mêlent fraîcheur et nostalgie,

Triomphe d'une éphèmère jeunesse teinté de regrets

 

Plus tard, à la saison passée,

Le rude vent à son tour s'emparera d'elle,

Si bien que quelques pétales par lui arrachés

Marqueront à ses pieds la première défaite de la belle.

 

Puis arrive le signe marquant l'emprise du temps,

Ce signe qui, sur tous, inexorablement

Règne en inflexible couperet,

Mais que chacun sur soi en module les effets.

 

Au contraire de la rose et de sa lente agonie,

Rose qui lutte, se rétracte, sur elle se rabougrit,

Pour ne devenir qu'une momie desséchée,

Squelette habillé de lambeaux de peau à peine colorés,

La pivoine s'abandonne, et se laisse prendre sans protester

 

Elle ne combat ni la loi, ni le hasard,

Qui de chaque destinée en contrôlent la durée.

Pour une dernière fois, elle choisit de s'offrir au regard,

Dans le calme d'une chair tout encore imprégnée de beauté.

 

Dans un mouvement gracieux, elle se penche,

Et déverse à ses pieds la moisson de sa corolle blanche,

Point d'orgue apaisant d'une vie qui se perd

Dans l'apothéose d'une dernière célébration de chair.

 

Souvent deux pétales restent attachés

Au sommet de la tige courbée.

Deux larmes, deux papillons blancs,

Qui peu après, se poseront doucement

Sur cette couche nuptiale pour amants séparés.

 

 

Poème de J.C Junillon

-Extraits de carnets de notes-

In "La boucle de ton nom"

(Editions ST Germain des prés)

 

 

 

 

bemomo

 

 

PleinSens n°7

 

 

Photo 007- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?  

- Instantanés de vie pour dire -dans les palpitations du coeur-. Ici comme ailleurs la poésie de Michèle est sans ambages, claire et concrète.

Toujours directe. Qu'elle s'adresse à un bouton de rose ou à tel compagnon de lutte devenu "officiel". On passe donc facilement dans cette poésie du matou Gribouille -pas toujours sympa- au tragique de la famine en Afrique et aux épanchements familiaux. Le corps réagit au rythmne des mots et réciproquement. Forme lapidaire, concise, plutôt que long discours, pour traduire colères et larmes.

C'est spontané et franc, plein de tendresse. On l'aime notre Michèle, et c'est si rare d'aimer son...président!!

 

  

Corps parlant

 

de  Michèle lassiaz-Chambon

 

Michele

 

à Jacques...

 

Corps

Tu me parles

De mes émois.

Tu tressautes

De mes colères,

Tu te fatigues

De mes allées venues

En manif

Ou en sitting,

Tu tousses

D'inquiétude

Tu te secoues

De rire

Des facéties

Et des mimiques

De nos comiques,

Tu t'agites

A la disparition

De mon matou colérique,

Tu pleures

De l'agonie

Des affamés

D'Afrique

Tu jouis

Du petit lové contre toi

De l'amitié partagée

Et des câlins

Au petit matin

 

 

Poème de Michèle Lassiaz-Chambon

Janvier 2006/ Extrait de "Recto-Verso". D.R .

 

 

  bemomo

 

 

 

PleinSens n°6

 

 

Photo 007- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?  

- Déjà le charroi est étiré dans la profondeur du voyage. Veines bleuies, sillons creusés, pourquoi est-ce que je vis?

Le buccin, trompette de vie des guerriers antiques, symbole de vie, laisse place au glas du tocsin qui éteint la veillée-chicorée...La mort est là, petite mort comme on le comprend là avec Rilke. Le poète l'insulte, s'indigne de toutes ses forces. En vain. 

 

"deux petits pains

 deux compagnons de l'assiette-vie,

 tel deux soleils glacés

auprés de plats à peine servis

Mais la table-existence est déjà desservie."

 

 A Michel Mathieu, mon ami, que j'ai accompagné dans de nombreuses lectures de ses poèmes, je dédie ce court poème récent. Femme-nécessité, faille-fulgurance du temps. je rappelle simplement que Michel MATHIEU, médecins aux enfants malades, psychiatre est l'auteur de nombreux recueils de poèmes (Rafale de feuilles (Axiane), Dans quel miroir de cendres (Galerie racine), Ballade de la mort (La porte), Vers le milieu de trente-neuf (Plaquette), Lieu commun (Hors-jeu), Laitances au fil de l'eau (Ed Goldbeck-Loiwe), Miroirs engloutis (Voix d'encre, 38) et Hors-jeu (des cigales et des hommes), à chacun son masque (Area)).  Critique d'art, ce qui nous rapproche, il est aussi l'ami de Georges Emmanuel Clancier, de Charles Juliet. Nous l'avons publié à différentes reprises dans PleinSens, et ce poème s'il est parfois à décrypter, demande une lecture pénétrante. Oui, lire de la poésie c'est parfois -et c'est bien la moindre des choses- demander aux lecteurs un effort, une rigueur.

 

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 Michel Mathieu, assis à côté d'Alain Pizerra

 

  

 

Aube au buccin/soir au tocsin

 

de  Michel Mathieu

 

 

 

Après le père. Après la mère, la fille aînée.

Après Roger, Catherine. Après Catherine, Christine.

 

N'as-tu pas fini, chienne cruelle, de t'acharner sur tes enfants?

 

Pourquoi toujours ravir? Sans cesse profaner? N'es-tu pas rassasiée?

 

Va, tu me fais horreur, à porter tes fureurs à leur comble dans ce lieu

parfumé. Trouve-toi d'autres proies, naufrage d'autres proues, saccage

d'autres épis.

 

Après le père, la mère. Après la mère, la fille aînée.

Après Roger, Catherine. Après Catherine, Christine.

 

Mais ils aimaient la vie. Tu m'entends, chienne assoiffée!

Ils s'abreuvaient, confiants, abandonnés, à la source que tu troubles.

 

Christine. Surtout, cette chair de cannelle, cet esprit d'obsidienne.

Un frémissement de feuilles dans une coulée de lave.

 

Elle n'avait pas toute accompli sa tâche, tendre pousse!

 

Est-ce un crime de tendre l'arc de la pensée, de faire voler au loin

la flèche et la beauté? Chérir la peinture-l'éclair de la couleur, l'offrande

de la forme-est-ce un déni de justice? Chanter la poésie- l'élan juste du mot-

une invective au sacré?

 

C'est toi, chienne impudique, qui fais honte aux humains et aux dieux.

Je te maudis.

 

 

 

 

Poème de Michel Mathieu

D.R

 

 

 

 

bemoch

 

 

 

PleinSens n°6

 

 

Photo 007- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?  

- Cri-acte de la lumière à travers les sables. Mobile et changeante comme des perles de verre, ainsi nous apparaît cette lumière. Ce poème de Meg est à lire et à méditer. Il nous enseigne la patience pour tendre à la connaissance, appréhender la parole vive à la source de cette religion des mots- et du silence-.

Vérité qui s'incarne, christique. L'harmonie, la beauté, la sagesse nous guident vers l'étoile. Equation mystique. Mieux entendre pour mieux renaître ici ou là, dans la communion des saints. Le temps est immobile ou descend peut- être du présent vers l'avenir. Fulgurance du geste du poète qui crée le fruit qui est au centre de tout, ce fruit que nous récolterons plus tard. Unité parfaite. Plénitude. Vie.

 

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Le cri dans le désert

 

de  Meg Galletti-Boucrot

 

 

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Bemo

 

 

 

 

 

PleinSens n°6

 

 

Photo 007- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?  

- Femme de caractère et esprit non-conformiste, Clara Murner avait choisi intelligemment ici une révolte anti-thème. Manière décalée et ô combien salutaire de régler son compte au prêchi-prêcha du thème convenu, millepattes qui trainent partout!

Empruntez les chemins de traverses pour "s'étaler de l'enfer des villes" par les petites routes forestières et les étangs secrets cachés à la vue des sangliers urbains. Le parti-pris de Clara est d'autant mieux venu ici, qu'il lui permet de rendre un bel hommage au "mythe" de la révolte: Rimbaud (mais il y a aussi Cernuda, Sènac, Rolin, Laude, Pasolini et quelques autres...). Rimbaud à bord de son "Bateau ivre" que Clara aimait  à déclamer dans nos soirées poétiques. Bref, poème anti-thème réussi et qui sonne  "Le glas des impostures" par les élans d'une plume "sempervive" et fière comme l'... . Exemple à suivre...

 

 

 

 

   la complainte du p'tit noir, la jaquette 028 

 

Poème anti-thème

 

de  Clara Murner

 

Poème de révolte

et de parti-pris résolument anti-thème

 

 

 

Vous me demandez un thème, vous me le demandez:

La poésie étouffe dans le linceul du thème

L'oiseau a-t-il besoin d'un thème

Pour déployer au ciel sa trajectoire hautaine

Et le parfum de la rose pour embaumer nos songes?

Quand la tempête des mots franchit la porte

Elle ne crie pas holà! Suis-je bien dans le thème?

Amis poètes, laissez le thème aux savants latinistes

Je vous le dis: La ville n'est pas un thème

Le prince d'Aquitaine nous l'a montré de sa silhouette

Pendue à une corde, rue de la vieille lanterne

La poésie ne cherche qu'à s'évader de l'enfer des villes

Elle se réfugie dans l'atmosphère des gares

Ou s'enfuit par-dessus les toits de la cité

Elle est désir pur, amoureuse ambition

Ecriture "Sempervive" qui délivre l'ivresse.

Que les bouchons des thèmes et des carcans sautent

Que la mer des mots lave les prétentions

Amis poètes, allons, révoltez-vous!

Redressez vos fronts où coule la lumière

La parole des mourants n'a pas de thème,

Ni même de rigide syntaxe

Leurs mots sonnent le glas des impostures

Quel est le thème du "Bateau ivre", je vous le donne en mille?

Si le prince des poètes vient parmi vous

Vous voulez l'enchaîner dans des formes adverses

Allons! laissez les thèmes, les rhèmes et les propos

Laissez vos plumes suivrent leur élan

Ou bien n'écrivez RIEN!

 

Poème de Clara Murner

(31/12/05) D.R

 

   

 

bechmo

 

PleinSens n°5

 

MONI SAN- Pourquoi avoir choisi ce poème, Oguène ?

- La sensibilité pudique d'Alain Pizerra affleurant à chaque mot, à chaque association évocatrice de ce monde devenu si éminemment "calculateur" et déshumanisé, me touche particulièrement.

Il sait si bien exprimer ce refus de cette humanité bafouée: "Je ne veux pas qu'on me dépouille de mon âme." 

 

 Photo 008

 

 

Tout est-il spectacle?

 

 

A Jean-Claude Guiguet

Aux passagers

 

 

Tout est-il spectacle ?

 

Misère-sentinelle,

L'arbre du monde est malade,

sacrifié ?

Meurtrier du vent, de la vie profonde

L'oeil réalité est figé sur les choses

confisquées, obturées.

Les enfants du virtuel ont perdu l'avenir

Leurs rêves écartelés au néant de l'instant.

Les gravures simiesques,

carapace d'écrouelles étalées sur les murs

Disent une humanité atteinte au fond

et parée de ses lèpres.

Joie du moineau sautillant,

Courant léger de la source ignorée.

Le visage de l'Un est l'unique bienfait

Lambeaux de fête sur le collant des jours.

 

Au mondial du non-sens

vérole-confusion

Le cri lui-même est banalité.

Il faudra louer Dieu de n'être pas d'ici

ni ailleurs.

 

Misère-nausée

Au diapason du béton titubant.

Les sirènes d'alarme filent en trombe

Vers des casernes cerceuils

Fleurs décapitées par le bourreau.

La vie, émerveillement du givre étoilé,

Appelle le soleil à l'aide

Dans un rayon livide ou grisonne la ville.

Caresse de safran, la route de sable-thé

S'endort au bleu glaçé de la sainte victoire,

chasuble dans la nuit.

Pâle soleil du monde

Comment vouloir ce non vouloir ?

 

Je ne veux pas

qu'on me dépouille de mon âme.

 

 

 

Alain Pizerra

Extrait du recueil " Ces statues violées"

 

 

 

 

 

besy

 

 

 

 

 

 

PleinSens n°4

 

 

MONI SAN- Pourquoi avoir choisi ce poème, Oguène?

- Sans erreur possible, voilà bien un texte de Jacques Ansan, qui par ses jeux de mots anime et réjouit l'esprit aventureux de la chose.

Et, sans course contre la montre, à contre-courant, je m'en vais, dès cet instant, joyeusement vers la Contrescarpe.

 

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 027

 

 

Tout contre

 

de  Jacques Ansan

 

En allant à la contrescarpe

Pour acheter du contreplaqué

J'ai rencontré lors d'un contre-pied

Un homme du contre-espionnage

Qui nageait à contre-courant

de contrepet en contrepet

Nous avons fini par nous contredire

A propos d'une contredanse

Qui n'était qu'une contrefaçon

De vraie prune contretypée

Il m'expliqua en contrepoint

Sous forme de contre projet

Qu'un stationnement de contre-mesure

N'était adressé qu'à un joueur de contrebasse

Cette contredanse de contrebande

Je lui jetai en contrepoint

Il la reçut à contre-poil

Ce sont les contreparties

Hélas, de la contrepétrie

Dont on peut bien se contrefoutre

 

Jacques Ansan (DR)

 

 

 

 

beogjamosy

 

 

PleinSens n°3 

 

 

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 009    Pourquoi ce poème Alain Briantais ?

“ Le titre de ce poème me plaît beaucoup. Etre « née d’un chant » qui reste à jamais vivace malgré le déracinement m’évoque l’humanité. Le froid de Paris n’est plus le même aujourd’hui… En réponse à Rachel, je dirai qu’il ne redonne pas souvent racine à la joie mais bien plus fréquemment à la peur pour de nombreux étrangers. ”

 

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Née d'un chant...

 

de Chantal Rachel Guez

 

 

Je suis née d’un chant si pur,

D’une prière,

Que murmurait mon père

Il y a bien longtemps.

 

Je suis née d’un champ,

D’une terre austère,

Où se turent mes frères,

Ventre d’une maman.

 

Diaspora, nuit des temps.

Le peuple d’où je viens,

A dû migrer, souvent.

J’aime ce sol comme le mien.

Qui s’en soucie vraiment ?

 

Vinrent les heures noires.

Jeune pousse piétinée,

Par le vent de l’Histoire,

Je me suis déracinée.

 

Il me faut te quitter,

Pays où je suis née.

 

Et je pars traverser

La Méditerranée.

 

Je m’arrache du sol,

De ma cour d’école.

Et, quand l’avion décolle,

Il ne faut pas pleurer.

Si je prends mon envol,

 

C’est vers la liberté

 

Paris si fraternel

S’y reposent les ailes,

Des enfances transplantées

Je ne peux oublier.

 

Mais, dès que je te vois,

Je me prends à rêver.

 

Paris égalité,

Ton air est un peu froid.

 

Mais tu vas redonner...

Racines à mes joies !

 

 

Chantal Rachel Guez (DR)

 

 

 

 

bealmosy 

 

PleinSens n°3

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 009Pourquoi ce poème Alain Briantais ?

“ Ce poème est en réalité une chanson écrite par l’auteur en 1973.
Sa mélodie, aujourd’hui encore, court dans ma mémoire.
J’aime surtout le texte et 
je partage intensément l’esprit
qui se dégage à la toute fin. Dans un monde où l’on juge de
plus en plus à la vitesse de l’éclair et de manière irrémédiable,
cette pensée s’avère plus que jamais essentielle et salutaire.

Merci Pierre ! ”

 

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Vie ratée

 

de   Pierre Régnier 

 

 

Sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’ai été juif à Varsovie

j’ai été enfant d’Oradour

j’ai été protestant le jour

de la Saint-Barthélémy

moi

sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’étais de ceux d’Hiroshima

j’étais dans les wagons d’Auschwitz

j’étais paysan à Lidice

j’étais curé à Guernica

moi

sans jamais avoir quitté mon lit

moi

j’ai été noir à Prétoria

au Québec j’étais nègre-blanc

j’étais squelette au Pakistan

j’étais un gosse au Biafra

moi

moi qui vivais sans foi ni joie

entre purgatoire et enfer

moi qui n’ai jamais su rien faire

de valable de mes dix doigts

 

avoir

honteux et pauvres souvenirs

savoir

derrière soi son avenir

n’avoir

pas même le goût d’aujourd'hui

ah que c’est triste d’avoir raté sa vie.

 

Sans jamais avoir quitté mon lit

moi

j’ai été juif à Varsovie

à Athènes j’étais démocrate

j’étais catholique à Belfast

communiste en Indonésie

moi

sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’ai refusé d'être para

j’ai mis crosse en l’air dans le Rif

j’ai été bougnoule à Sétif

et Palestinien à Gaza

moi

sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’ai été poète à Moscou

j’ai crié mon amour en Prague

avec cent autres qui divaguent

on m’a interné chez les fous

moi

on m’a fait taire tant de fois

moi qui n’ai jamais protesté

moi qui riai pas même essayé

d’élever rien qu’un peu la voix

 

avoir

honteux et pauvres souvenirs

savoir

derrière soi son avenir

n’avoir

pas même le goût d’aujourd'hui

ah que c’est triste d'avoir raté sa vie

 

Sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’ai été juif à Varsovie

j’ai été brûlé au Napalm

par les bombes U.S. au Vietnam

emprisonné en Bolivie

moi

sans avoir jamais quitté mon lit

moi

j’ai été Christ en Galilée

j’ai reçu le coup de Juda

j’étais de ceux qu’on fusilla

contre le mur des fédérés

moi

sans avoir jamais quitté mon lit

moi

au cachot ma tête a blanchi

j’ai essuyé tant de crachats

on m’a cloué sur tant de croix

moi qui n’ai jamais pris parti

mais

mais à quoi ça sert de pleurnicher

on ne peut pas sa vie entière

ne regarder que par derrière

un jour il faut se retourner

 

avoir

honteux et pauvres souvenirs

mais voir

devant soi un autre avenir

avoir

à nouveau le goût d’aujourd’hui

c’est jamais pour toujours qu’on a raté sa vie.

 

 

Chanson de Pierre Régnier

Mourir moins sale” Edition Oswald

 

 

 

 

 

bealmo 

PleinSens n°2

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 009   -  " Pourquoi ce poème, Alain Briantais ? "

  - “ Je ne suis pas sûr de savoir précisément ce que l’auteur désigne
par « ma fleur ». Est-ce une femme, l’une de ses filles ou tout
autre chose ? Mais j’aime le côté minimaliste de ces quelques mots
qui nous emportent dans un univers subtil de poésie.”

 

 

Ma fleur...

 

de Gérald Bloncourt

 

 

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Elle a poussé

le long

de ma mémoire

cette petite

plante

 

Elle s’est

accrochée

au mur

de mes années

 

Elle a donné

la fleur

que tu es

 

Le long de ma

mémoire

elle s’est ouverte

pétale

par pétale…

 

 

 

 

 

 

Gérald Bloncourt

16 juillet 1977

 

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Photo de Gérald Bloncourt

 

 

 

 bealmo

PleinSens n°2

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 009Pourquoi ce poème, Alain Briantais 

“ J’ai choisi ce texte car j’y retrouve l’humour acide de Jacques. Sa volonté toujours renouvelée de briser les chaînes qui nous entravent, puis la tristesse qui s’ensuit de ne pas y arriver totalement...”

 

 

 

 

 

Recettes Jardinières

 

de  Jacques Ansan

 

 

  

la complainte du p'tit noir, la jaquette 027

 

 

 

 

J’ai fait du purin d’orties

Pour chasser les prédateurs,

Emmouscailleurs de la vie,

Il faut savoir recycler les douleurs et les rêves

Pour les renvoyer à leur origine de sang et de terre

Et piquer au vif les ennemis

 

J’ai fait du purin de consoudes

Pour égrener les litanies et autres chapelets

De gangrène que me jettent à la face

Les faiseurs de prêt à rêver

Made in Hollywood

Dans l’acide du regard en fusion

 

J’ai lancé le fumier à la face du monde

Pour cultiver mon jardin clos

Je l’ai épuré des rires, des frustations,

des critiques, des sifflets de spectateurs

des hurlements de faux producteurs

et mantes religieuses hennissantes

pour ronger mon licou.

 

Jacques Ansan

le 06-07-2004 (DR)

 

 

 

 

besyalmo    

la complainte du p'tit noir, la jaquette 004

 

 

PleinSens n°2

 

"Le jardin"

 

Le vendredi 15 octobre 2004 un imposant tonneau encombre la salle du café "Les chiffons" indisposant l' échange entre les participants de cette scène ouverte poétique. L’objet est enlevé et, Prévert ayant la cote, plusieurs poètes déclament quelques-uns de ses textes…
La caméra persane de Hormuz Key mémorise ce moment pour l’éternité…
On est, en cette fin d'année, en l' attente des "exclamationnistes" : troupe de poètes bruxellois annoncée pour la prochaine scène poétique.

 

"PleinSens " n°2 paraît lors de ce dernier trimestre. Le collectif de rédaction et de lecture est le même que pour le n° 0 et le n°1 : Reza Afchar NaderiJacques AnsanStéphane CottinLaurent GaliliMichèle LassiazClara Murner et Alain Pizerra 

Alain Briantais, depuis le début de cette aventure le concepteur et le réalisateur des maquettes, entre dans le cercle très fermé des rédacteurs, remplaçant ainsi Claude Mallerin.

 

 

 

 

Un hommage, en page 30, est adressé à SLOBODAN KOJOVIC, parti pour d’autres cieux le 17 Août de cette année-là. Cet humaniste, poète, peintre et homme d’action, avait créé la revue "ROUGE GORGE". Il était auprès de tous tenu pour un ami : attentif aux autres, il appréciait leurs diversités…

 

 

la complainte du p'tit noir, la jaquette 082

 

 

 

 

Il existait alors un courrier des lecteurs dans lequel Alain Anton écrivit une très belle lettre  que je ne peux m'empêcher de vous offrir:

 

Je n’écris jamais pour un interlocuteur.

 Les interlocuteurs se trouvent.

Une belle jardinière est venue bêcher sur un rond-point près de chez moi.

Elle était absolument magnifique...

Les poèmes sont imprévisibles.

Par contre, ils ont besoin d'être lus par des amoureux du genre...

J'aimerais envoyer des textes de temps en temps pour rien.

 Ceux qui ont soif d’être lus.

 

A la belle jardinière

héros

à pleine bouche de la terre

qu'une jardinière en bêchant

remuerait de ses seins

tendant le svelte corsage

linceul qui te comble lentement."

 

Texte d'Alain Anton

 

  la complainte du p'tit noir, la jaquette 028

 

 

Voici l’édito de ce "PleinSens N°2",

rédigé par Reza Afchar Naderi

 

 

Quel est votre jardin ? 

Si les écritures ont fait du jardin le symbole du paradis terrestre, un jardin que le premier homme cultivait, c’est sans doute parce que le règne végétal, maîtrisé à l'échelle humaine, reflétait au mieux un univers idéal.

Plus tard, il y eut les villes. Et, pour les habitants de la cité, la nostalgie récurrente de ce monde perdu où tout n’était qu’harmonie.

C'est ainsi qu’à défaut de retrouver les vergers de la genèse, le jardin idéal est devenu intérieur. Depuis, chacun n’a de cesse de cultiver son jardin intime. Le summum de l’échappée originelle combinant, avec cet exercice,
la retraite dans quelque (vrai) jardin dont on a voulu qu’il reflète
un paysage sentimental romantique, à la française, à l’anglaise, minéral, mauresque, persan et j’en passe...

Et vous, quel est votre jardin? Jardin des Hespérides, des délices
ou des… supplices ? Ce nouveau numéro de la revue "PleinSens"
pourrait être l’occasion de journées "portes ouvertes" intérieures
sur vos mondes secrets, pour peu que vous décidiez de les dévoiler un peu,
à travers ces pages, à nos lecteurs.

 

 

Texte de Reza A. Naderi

 

 

 

 

Ce sera bientôt au tour d'Alain Briantais de divulguer deux poèmes de ce même PleinSens. Ils seront publiés, sur notre blog associatif,  les deux prochains lundis de ce mois.

Voici son choix :

 

Jacques Ansan : Recettes jardinières

Gerald Bloncourt : Ma fleur

 

 

 

 

 

 

  besymodi

 

Plein sens n°1

Amour et amitié 

 

Michele

 

Michèle lassiaz:

Pour l'amitié, c'est Stéphane Cottin qui m'emporte, avec son très beau texte qui coule si joliment sous la plume...

 

 

 

L’amitié

 

de  Stéphane Cottin

 

 

Paris juin 2010 017[1]

De gauche à droite : Hormuz Key - Stéphane Cottin - Didier Laloux

 

 

 

T’en souviens-tu de ces années soleil

Quand le feu de la vie brûlait à plein brasier

Nous traversions volubiles des nuits sans sommeil

Décidés d’être trempés dans le fer et l’acier.

 

Et si le doute, un soir frappait, prenant la barre

Tu larguais l’ancre, toutes voiles dehors, fier

Sur les flots emmêlés, ton regard défiait l’univers

Alors confiants, vers le port s’allumait un phare

 

Ergotant sur le devant du monde, superbes et arrogants

Forçant contre leur quiétude, les amorphes à la dynamique

Libres sans être débauchés, partisans sans être intransigeants

Nos cœurs déjà s’ouvraient sur nos vingt ans ludiques

 

Elles sont passées les filles avant de s’évanouir

Elles ont laissé le goût de ces premiers désordres

Des baisers et des mots, avant de voir l’aube s'enfuir

Ce goût de miel dans la bouche et cette envie de mordre

 

Ce pays, cette terre, qui porta notre enfance

Cette douceur de vivre, que chacun nous envie

Et qui berce nos âmes et chante nos romances

Ont décidé pour nous, un jour, que nous serions amis

 

La fraicheur du vent sous l’ombre du châtaignier

A peut-être scellé un matin cette union fraternelle

A moins, qu’une ivresse charnelle de la liberté

Ait donné naissance à des frères sans que le sang se mêle

 

Si le ciel s’est couvert parfois de nuages menaçants

Magicien des étoiles et funambule de l’espace

Nous avons éloigné de nous la tourmente constamment

Faisant une trouée d’azur par-dessus nos défenses

 

D’une mémoire à l’autre, un souvenir m’attendrit,

De ma compagne, un jour, tu fis un compagnon charmant

Lorsque fuyant moi-même, d’ennuyeux déplacements

Tu te fis servant accompagnateur pour des choix bien hardis

 

La ville s’en souvient, elle a peu de mérite

Si choisir un vêtement est un art féminin

Tu proposas si bien de mener en chemin

Ma femme, qu’elle en prit le goût et le rire

 

Tu prends aujourd'hui par la main l’âme sœur

Douce rose cueillie au jardin des délices ce matin

Qu’elle le soit sur ta vie pour toujours comme une fleur

Un parfum qu’on respire, une parure de satin

 

Et toi aussi donne-lui cet amour infini

Et faites de vos vies, chaque jour, chaque nuit

Mieux encore que nos rires intrépides et cocasses

Des joies interminables, qui vous donnent la grâce

Et... plus tard...

 

Garde bien près de toi, ces quelques rêveries

Quand le temps aura raison de nos forces vitales

Il restera, ce passé de jeunesse et que rien ne détruit

Qui sont nos souvenirs avant que l’éternité sur eux dévale.

 

 

 

Stéphane Cottin

Extrait de " Touché coulé "

Edition S.d.E.

 

 

 

 

 

 

  symo

 

 

 

PleinSens n°1:

 

Amour et amitié

 

 

 

Michele

 

Michèle Lassiaz:

Pour l'amour, j'ai opté pour le poème de Thierry Sajat qui le chante avec tant de grâce et de poésie !

 

 

 

 

Les poèmes d'amour

 

de  Thierry Sajat

 

 

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Les poèmes d’amour s’écrivent comme on rêve,

Une aile sur le cœur et du vent dans les yeux.

Ils ont la profondeur des âmes, tout le bleu

D’un ciel à inventer. Chaque minute est brève

 

Quand on écrit des mots de fleurs, des mots d’oiseaux,

Des silences d’aurore. Et la rime enjolive

Le parchemin du temps à l’encre de ces rives

Parfumées de tendresse où s'enlacent les sceaux

 

D’herbe tendre de la muse et de son féal,

Poètes conjugant aux temps de leurs amours

Le verbe vivre comme on conjugue le jour

Avec la nuit pour mieux rêver son idéal.

 

Les poèmes d’AMOUR s’écrivent dans la chair

Des baisers. L’encre est douce à la plume qui danse

Jusque dessous les doigts roses des confidences

Qui retiennent le temps des doigts de l’autre, cher...

 

 

 

Thierry Sajat

Extrait de " Airvault, te souviens-tu?"

Edition Thierry Sajat

 

 

 

 

 

 

 

symo 

 

Plein Sens n°0

 

Michele

Michèle Lassiaz:

Prétentieux de se mettre en avant ! J'ai choisi ce texte car il m'a souvent été réclamé.

Alors, je me suis dit : "Il n'est donc pas si mal !..."

N'est-ce pas Alain?

 

 

 

Les Mains

 

de  Michèle Lassiaz

 

 

Michele

 

 

Je vous aime, Mesdames mains

Qui parlez tant

En vous taisant.

Mains ravinées des lavandières

Mains grossières d’ouvrières

Mains douces et potelées d’enfants

Mains tendres d’adolescents

Mains habiles, rapides des cousettes

Mains agiles des violonistes

Mains fines et sèches d’intellectuels

Mains raffinées de mondaines

De vieilles gens

Mains généreuses, grandes ouvertes

De l’abbé Pierre

Mains gigantesques offertes,

Dans le ciel de Guelma

Mains de haine qui se ferment

Mains d'amour qui se tendent

Je vous aime, Mesdames mains.

 

 

 

 

Michèle Lassiaz

"Demain sera un autre jour"

Edition du Petit Véhicule -Nantes-

 

  mo

Plein sens n°0 

 

Michele

 

Michèle Lassiaz:

"Avec Claude Touili je retrouve avec mélancolie Alger où je n'ai pu retourner depuis 1989."

 

 

 

 

Alger

 

De  Claude Touili

 

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Au-delà  du béton et du bitume,

des immondices et des lèpres,

des monstres rampants de la nuit,

Alger,

chaque matin remise au monde

par une lumière invisible

et l’aubade des mouettes.

Dans le jaillissement des palmes

et l’embrasement des bougainvillées,

les terrasses montent à l’assaut du ciel

et le cri des corsaires resurgit

des entrailles de la Casbah.

 

 

 

Claude Touili

 

 

 

  mo

 

PLEIN SENS n°0

 

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Michèle Lassiaz:

Ce texte me touche particulièrement car je suis profondément sensibilisée aux problèmes sociaux, ayant moi-même écrit plusieurs textes sur ce thème. Cristina a su rendre avec force et lucidité une violence inadmissible de notre 21ème siècle.

 

 

 

Des hommes et des chiens

 

de Cristina Semblano.

 

 

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Sur les trottoirs de la ville

Il y a des hommes

Et il y a des chiens.

 

Il y a des hommes

Qui promènent des chiens

Et des hommes assis

Qui ne promènent rien.

 

Sur les trottoirs de la ville

Il y a des excréments d'homme

Et des excréments de chien.

 

Les chiens aboient

Mais les hommes sont en silence

Assis sur le trottoir

Comme des chiens de faïence.

 

Ils tendent seulement leur main

Ils tendent seulement leur bras

Ils sont sales

Et ont perdu leur voix.

 

Ils s'excusent presque d'être là

Sur les trottoirs de la ville

Comme si la ville ne leur appartenait pas.

 

Ils n'ont peur de rien

Car rien n'est à eux

Mais ils ont encore faim

Mais ils ont encore soif

Mais ils ont encore froid

Et ils ont perdu leur voix.

 

Et les hommes qui passent

Passent vite sans les voir.

 

Peut être est-ce de peur

De voir la glace

Qui reflète l'image

De ce qu'ils seront plus tard.

 

Et les hommes qui passent

Passent vite sans les voir.

 

Sur le trottoir de la ville

Il y a des hommes et des chiens

Et des hommes assis

Qui ne promènent rien.

 

Mais les hommes, tous les hommes

Ont perdu leur voix.

 

Sur les trottoirs de la ville

Il n'y a que les chiens

Que les chiens qui aboient.

 

 

 

Cristina Semblano

Paris, 10 de Abril de 2000

Texte déposé.

 

 

 

 

 

  mo