Chaque Poète choisit dans PleinSens - N°01
( Du numéro 0 au début du numéro 13 )
Dans cette rubrique et les suivantes, chaque poète de la Ruche des Arts choisit lorsque c'est son tour 1, 2 ou3 poèmes parus dans 2 numéros de PleinSens; Pour remonter vers les n° 0 et 1, il faut faire défiler la liste et consulter au fur et à mesure les choix de chaque poète
PleinSens n°13
"Les utopies/Le rêve"
-“Pourquoi avoir choisi ce poème,
Sabine Kahsay Habtmichael ?"
-"J'ai choisi ce poème d'une part parce que j'apprécie sa technique, son rythme ; d'autre part pour ce qu'il nous dit. D'ordinaire j'aime les textes plutôt optimistes, gais, ou en tout cas encourageants ; celui-ci est sombre, mais tellement bien écrit, et tellement vrai...
La tentation est grande de parcourir le monde, de découvrir les pays et les déserts, de lutter pour de grands idéaux...moi la première j'ai cédé à ces sirènes ! Et ce fut source de grande joie... mais il est vrai aussi que courir après des chimères nous éloigne de la vie, de l'amour qui, comme l'écrit Bernard, "s'arrose jour après jour A la lumière de ses baisers". Comment pourrait-on concilier les deux ? Est-ce seulement réalisable ? Faut-il nécessairement renoncer à l'un pour vivre l'autre ?
Vouloir refaire le monde est sans doute une utopie, oui. Ne peut-on refaire que son monde à soi, entouré des siens ? "Sous ton toit Il y avait un monde à bâtir"...
Nous avons tous notre utopie ; je continue à penser que même si cela ne peut s'éterniser, prendre le temps de la vivre est un passage obligé... le tout étant de savoir quand s'arrêter ; si possible avant de "rater sa vie"..."
Rater sa vie
de Bernard Philippon

Avoir traversé cent pays
Connu les faims connu les guerres
S’être saoulé de mille whiskys
Soudain mettre un genou à terre
Avoir traversé les déserts
Couru partout des rêves fous
Pour mettre fin à la misère
Et soudain tomber à genoux
Avoir voulu trouver ailleurs
Les sens des mots de l’infini
Avoir cru en des jours meilleurs
Et découvrir son utopie
Avoir voulu sauver le monde
Chercher très loin la vérité
S’être perdu dedans sa ronde
Loin de toute réalité
Avoir été de tout combat
De toutes ces luttes inassouvies
Contre tyran crier : A bas !
Et se sentir à leur merci
N’avoir été qu’un mercenaire
Pétri de bien des illusions
Auprès de causes millénaires
Sans s’être posé de questions
N’avoir pas vu que sous son toit
Il y avait monde à bâtir
Qu’une femme tendant les bras
Et un enfant en devenir
Avaient tous deux besoin de toi
Te suppliant de revenir
Pauvre homme ne te voyant pas
Ils viennent tous deux de partir…
Te voici enfin de retour
Cherchant le repos du guerrier
Mais il faut savoir que l’amour
N’est pas pour les aventuriers
Car il s’arrose jour après jour
A la lumière de ses baisers
Homme, l'amour est solidaire
Il se construit par notre envie
Toi l’homme qui fus éphémère
Alors ne sois donc pas surpris
D’avoir ainsi… raté ta vie !
Poème de Bernard Philippon
-Août 2006-
D.R.
bechma
PleinSens n°12
"Les quatre éléments"
-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay Habtmichael?"
-"Je suis très sensible à la poésie rimée, aux contraintes de forme, aussi ce poème me plaît beaucoup de par son architecture. Le refrain crée un rythme qui nous semble suivre les pas légers du personnage en liesse.
Mais au-delà de sa technique, ce texte nous raconte une histoire, la plus belle : celle d'un amour naissant qui bouleverse la vie et repeint le monde, forçant à voir les choses différemment, plus colorées, plus gaies ; comment y résister ?
A la lecture de ce texte, je me sens comme un enfant qui sautille parce qu'il a reçu un beau cadeau, longtemps espéré..."
L'Ange
de Thierry Scatolin
La belle mélodie envahit mes oreilles
Je me plais à y voir mon avenir pareil
A ces héros lointains, qui hantent ma mémoire
Avec mes yeux d’enfant, je scrutais le miroir
Celui que j’y voyais me donnait plein d’espoir
Aujourd’hui le ciel est bien étrange
Il m’a semblé, cette nuit, avoir croisé un ange
Qui a repeint pour moi les murs de la ville
Pourquoi cette beauté, ce matin si tranquille
Pourquoi tous ces sourires que je perçois soudain
Dans les yeux de tous ceux que je croise ce matin
C’est sans doute l’effet d’avoir compris les tiens
Aujourd’hui le ciel est bien étrange
Il m’a semblé, cette nuit, avoir croisé un ange
Je devrais avoir honte d’être aussi infantile
Je devrais raisonner pour être utile
Etre responsable, ne pas croire au miracle
Baisser la voix, baisser les bras ; oui mais voilà :
Qui vient là-bas, qui vient vers moi, bien sûr : c’est toi !
Aujourd’hui le ciel est bien étrange
Il m’a sans doute cette nuit, enfin, offert un ange…
Poème de Thierry Scatolin
-D.R-
bema
PleinSens n°12
"Les quatre éléments"
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-“Pourquoi avoir choisi ce poème,
Sabine Kahsay Habtmichael ?"
- “J’ai choisi ce poème car, dès le premier vers, il nous transporte dans un monde de sable, de caravanes et de marchands. L’Orient mythique des contes de mon enfance ! Porté par le “Vent d’Est”, le voyage se poursuit vers l’Occident, pour d’autres caravanes, de la brume et de nouveaux jours. Passer de l’un à l’autre, pour mourir, aimer, renaître, rêver… Parcours jalonné de “soupirs armés de longs espoirs”… Cela ne peut-il être qu’un aller sans retour ?
Ce texte de Reza A. Nadéri est très émouvant. Il évoque les migrations, la douleur du départ, l’espoir que représente l’ailleurs qu’on imagine toujours meilleur. “A l’ombre des platanes nos colombes se croisent ” : souhaitons qu’elles se posent côte à côte pour roucouler en chœur !”
Vent D'Est
de Reza A. Nadéri
Chante mon cœur le chant du sable et de la pierre
Du vent, de la pluie et de la vie qui passe
Dès l’aube, du désert, au chant des chameliers
Monte la poussière d’un siècle qui s’efface
Pour partir…
Et nos songes d’Orient bercés des caravanes
Enfantés par les vœux mystiques des marchands
Montent vers toi, soleil, pour dire la pavane
Des oiseaux qui saignent de trop pousser leur chant
Pour mourir…
Chante mon cœur un air d’or et de turquoise
Enfanté par la voix des prêtres et des guerriers
Dans la plaine naviguent des âmes par milliers
A l’ombre des platanes nos colombes se croisent
Pour aimer…
Songe, reviens-moi, et que le vent de l’Est
Accourre quand éclôt le siècle de printemps
Reverdissent tes pas sur un passé funeste
Dans les cendres tiédies la pluie compte le temps
Pour renaître…
Phénix ou Rossignol, que ton nom immortel
Porte les nations jusqu’aux cieux des coupoles
Que les coquelicots fleurissent de corolles
Qu’ils parlent à l’Occident d’une aurore plus belle
Pour connaître…
Dans les terres du Nord des robes d’émeraude
Germent dès le jour sur les ruines d’hier
Quand les mains travailleuses élevées aux rizières
Dansent sous le vent et que la brume rôde
Pour rêver…
Et c’est ainsi depuis les vieilles migrations
Fatigue, pleurs, soupirs armés de longs espoirs
Portés jour et nuit, fardeaux d’humiliation
Pour que l’été enfin renaisse à la nuit noire.
Pour partir un jour
Je prendrai les chemins
Je prendrai dans ma main
La clé du non-retour
Poème de Reza A. Nadéri
Paris, le 15 février 2000
-D.R-
bema
PleinSens n°12
"Les quatre éléments"
-Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay Habtmichael?
-"Personnellement je n’aime pas l’orage, mais ce petit poème me réconcilie avec la foudre ! Derrière une image très concrète, Sylvie Bourgoin cache avec une grande poésie toute la force de la nature. J’ai eu pour ces trois vers... un coup de foudre !
Fureur de Foudre
de Sylvie Bourgouin
La fermerture éclair du ciel
Se fendit
Et le soleil pénétra.
Extraits de "Libres cours"
de Sylvie Bourgouin
Editions Thierry Sajat
bema
PleinSens n°12
"Les quatre éléments"
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-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Sabine Kahsay;Habtmichael ?"
- “ On dit parfois : « Avoir les pieds sur terre permet de voir les choses comme elles sont, d'ouvrir les yeux… » Françoise Burlereaux nous propose d’avoir les yeux en terre, image - à mes yeux - très poétique. Au sein de la terre mère et nourricière, nos yeux (notre façon de voir le monde) se ressourceront à la sève de la vie et une fois grands ouverts, se feront cueillir par l’inconnu et verront la vraie nature du monde… Ce texte, très court, en dit long!”

Tableau de Camille Pissarro
Sans Titre
de Françoise Burlereaux
Je planterai mes yeux
Fleurs dans la terre
Vivantes dans le vent
La nuit et le soleil
Je planterai mes yeux
Fleurs dans la terre
Et l’on me cueillera bouquet
Pour mieux m’éparpiller
Poème de Françoise Burlereaux
D.R.
bemaal
PleinSens n°11
"La rencontre"
-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan ? ”
-“Mystère du futur ou de la vie ?
Rêve ou réalité ?
Ecrits avec de simples couplets
Ah ! si je pouvais vous donner envie… ”

Le Réveil
de Chantal Rachel Guez
D’abord ce sont ses yeux
Qui ont fixé les miens…
Leur flot impétueux,
M’est parvenu
Soudain !
Dans son regard intense
Qui fouille et qui dévoile,
Dans cette mer immense,
J’ai voulu mettre les voiles…
Loin
De ces nuits sans fin,
Du silence des caresses,
Celles qu’on attend en vain,
Et puis celles qui blessent
Quand l’amour,
Faux semblant
De nos corps qui s’ennuient,
Se fait à contretemps
Des rêves, et des envies.
Loin
De la détresse
De ces pauvres lendemains,
Où jamais la tendresse,
N’accompagne le besoin.
Pourquoi devrais-je le taire ?
Le désir s’est perdu
Dans la triste galère
De ces rôles
Convenus
De devoir conjugal
En colères contenues
L’amour s’est fait la malle.
Et les corps se sont tus.
Moi je n’y croyais plus,
Sauf parfois, dans mes
Rêves...
Aux passions éperdues
L’illusion est si brève !
Quand soudain devant moi
Ses lèvres ont dessiné,
Ce chemin
Où je vais
Me perdre,
Ou m’éveiller.
Poème de Rachel Guez
-DR
bechmoma
PleinSens n°11
"La rencontre"
-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan? ”
-“Présent fou pour un douloureux espoir ...”
La rencontre
de Pascale Bredy
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Qu’elle soit durable ou éphémère,
La rencontre reste sincère.
Doux moment échappé du quotidien,
Précieux instant
Qu’on prendrait par la main
Dans ce lourd présent.
La rencontre spontanée
Se voudrait morceaux d’éternité.
Mais elle ne reste souvent qu’une tranche de vie
Dans cette longue nuit.
Un soleil doré
Dans mon obscurité.
Qui voudrait un jour me prendre la main
Moi qui erre dans ce monde sans fin,
Pour que cette rencontre ponctuelle
Devienne éternelle ?
Poème de Pascale Bredy
–DR-
bema
PleinSens n°11
"La rencontre"
-“Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan? ”
-“ Est-ce l’injustice qui serait passée ?
Peu de mots pour en exprimer beaucoup …! ”
Paroles perdues
d’ Alexandre Romanes

Tous ces gens que tu as croisés,
je les connais car ils sont toujours là.
Entre quelques pas de danse
et quelques coupes de vin,
ils t’ont écrasé comme de la vermine.
Toi tu pardonnes, moi pas.
J’ai souvent le souffle court
car j’ai beaucoup à dire.
Mais je ne dis plus rien.
Ce que j’ai de plus secret en moi,
c’est à toi que je le dirai.
Poème d’Alexandre Romanès
Extrait de « Paroles perdues »
Edition Gallimard
bechmoma
PleinSens n°10
"La Musique"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?"
-" J'ai revécu mon enfance à la campagne
Au coin de la cheminée
Allez goûter ce bois qui flambe
Vous ne pourrez pas le regretter !
Sans titre
de Meg Galetti-Boucrot

Meg Galetti-Boucrot
Musique
D’un feu de bois qui flambe
Son grave, indécis et ronronnement doux.
Crépitement
Dans la cendre
De la chute d’un tison roux.
Bruits de chenets heurtés
De pincettes et de pelle
Chant du grillon qui appelle
La chaleur du foyer.
Pièce assombrie et pourtant rougissante
Du baiser vacillant de la flamme alléchée
Encore toute ardente
Se jouant de la plaque de fer forgé.
Objets restés dans l’ombre
Eclairés et noircis
Coins lumineux, coins sombres,
Tour à tour obscurcis.
La flamme de mon cœur lentement s’est éteinte
J’en respire ce soir les cendres parfumées.
Poème de Meg Galetti-Boucrot
bemodi
PleinSens n°10
"La Musique"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?"
-" Poèmes courts avec humour
Pour mes méninges fatiguées
Pour mes neurones qui ont du mal à se connecter;
Synapses, venez à mon secours !"
La valse des amours
de Gérard Caze

Gérard Caze
Chaque jour il devait jongler.
Mais il était très méthodique.
Son agenda était réglé
Comme du papier à musique.
La fille du tambour-major,
Lundi, le voyait en cachette
Pour pratiquer un corps à corps,
Lundi sans tambour ni trompette.
Le mardi, c’était la java,
Chez Natacha pour le folklore,
Il dansait la Bossa-nova
Toute la nuit jusqu’à l’aurore.
Le mercredi, à l’Odéon,
Avec Anne au violoncelle,
Il jouait du bandonéon.
Mais, ne faisait pas d’étincelles,
Puis il resserrait les boulons,
Le jeudi soir avec Alice.
Ils accordaient leurs violons
Pour passer une nuit complice.
Poème de Gérard Caze
bemo
PleinSens n°10
"La Musique"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christiane Jouan?"
- " Sans aucun doute, vivre cela, beaucoup auraient aimé.
Seuls les souvenirs sont à transmettre, même avec un cœur blessé...!"
Mélodie d'été
de Jean-Claude Junillon

Peinture de Toulouse-Lautrec
Très souvent le soir,
Mais aussi très souvent dans la journée,
Ma mère chantait
De sa belle voix ensoleillée
Les jolis chants du mois de mai.
Très souvent le soir
Mon père au piano composait
De belles et fortes mélodies
Sur des poèmes qu’il avait lui-même choisi.
Et il offrait ce bouquet à ma mère
Dans un geste de complicité familière.
Alors ma mère chantait pour nous tous
Ces nouvelles mélodies de l’été,
Et cela nous allait droit au cœur
D’entendre jaillir de ce chant toutes les couleurs
Des fleurs de mai, les fleurs de notre été.
C’est ainsi que toute notre enfance
Fut marquée à jamais par cette efflorescence
De l’amour fécondé par la musique,
Par la célébration du vrai et du magnifique,
Dans la chaleur du don de soi
Et la richesse du plaisir
Oh ! temps béni, temps fécond,
Où malgré soi l’esprit s’enivre et se fortifie,
Nos cœurs sont encore emplis
De la chaleur de ces richesses partagées.
Aujourd’hui, hélas il n’est plus, ce temps béni,
Ce temps de notre joli mois de mai,
Le temps si doux de nos mélodies de l’été.
Ne reste en nos cœurs attristés
Que le souvenir en plis serrés,
De cette musique si belle
Et de nos riches heures.
Poème de Jean-Claude Junillon
-DR-
bemo
PleinSens n°9
"La liberté d'expression"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"
- “Que de jolis mots et beaucoup de douceur, pour évoquer le manque d’amour, la souffrance contenue et l’expression enfouie au plus profond de soi « qu’on voudrait bien crier, mais on ne le peut pas ». Je suis charmé par le langage poétique de Colette SAUVANET et c’est pourquoi, je choisis ce magnifique poème.”
Mots bourreaux
de Colette Sauvanet
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Colette Sauvanet
Quand les mots
voilés par la pudeur
Ne savent démêler les fleurs de la fureur
Ils deviennent bourreaux
jusqu’au fond de nos cœurs.
Quand le cœur à son tour
Privé de mots d’amour
Se réveille orphelin
Dès le petit matin
Privé du moindre mot
Se ferait-il bourreau
Brandissant le couteau
sur tous nos paradis
N’apparaît alors qu’un long silence langueur
si plein non pas tant de rancœur
que de muettes douleurs
et si pleines de pleurs
au plus profond du cœur
Poème de Colette Sauvanet
-D.R.-
bechmo
PleinSens n°9
"La liberté d'expression"
"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"
- “Très joli poème et cri poétique de Charles MATHIS, pour évoquer les libertés féminines entravées, la souffrance des femmes souvent muette, l’injustice comme institution, mais aussi leur courage, leur révolte face à ces iniquités, sans souci pour leur vie, leur combat pour un monde plus juste et pour qu’un avenir meilleur leur soit dévolu !”
Elle s'appelait...
de Charles Mathis
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Peinture d'Olive 04
En Eden, son homme lui fit, dit-on, deux garçons.
Le saint livre le tait, mais obéissant à dieu,
Tremblante, elle enfanta d’une fille aux grands yeux bleus bleus
Qu’elle offrit plus tard à ses fils, le rouge au front.
Elle s’appelait Eve.
L’aube blanchissait quand le premier filet carmin
Coula lentement, sans douteur, d’entre ses cuisses,
Afin que sa douce vie de fillette s’éteignisse.
L’été suivant, on la maria à un cousin.
Elle s’appelait Salia.
Les deux matrones l’entravaient de leurs bras puissants,
Et la lame rouillée trancha dans son sexe fragile.
Son cri d’enfant, en vain déchira le néant.
Et le désir monta chez les garçons nubiles.
Elle s’appelait fatou.
Depuis toujours elle n’a pu engendrer, stérile.
Alors le rabbin de son quartier lui parla.
Elle fut muette elle savait sa défense futile.
Et son époux, sans un mot, du lit la chassa.
Elle s’appelait Sarah.
Elle fut dans les combats moscovites, dans ses guerres.
Elle vit les infamies, les massacres répétés.
La vérité hurlait sous sa plume enragée.
Les sicaires du pouvoir, une nuit, l’assassinèrent.
Elle s’appelait Anna Politkouskaïa.
poème de Charles Mathis
-D.R-
bechmoal
PleinSens n°9
"La liberté d'expression"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"
-"Dans ce numéro 9 de plein sens dont le thème est la liberté d’expression, je choisis sans hésiter ce percutant poème de Stéphane COTTIN, car, si nous sommes familiers avec Stéphane, de ses très beaux poèmes à résonance érotique, lorsqu’il sort de ce contexte pour se confronter à d’autres sujets tels que la liberté ou la fraternité, « il fait mouche à tout coup » et excelle tant dans le fond que dans la forme : il parle haut et juste, criant sa soif de justice, et termine par une parole d’espoir…"
Expressions libres des uns,
enchaînements pour les autres
de Stéphane Cottin
![Paris juin 2010 017[1]](/../../../../uploaded/new_phot_OVB/paris-juin-2010-017-1-mon-hoorm-steph-did-jpg.jpg)
Photo de Monique Planque; Stéphane Cottin est au centre
Parle mon ami
Toi mon frère qui sombre chaque nuit,
Comme une ombre sur le pavé, sans bruit,
Sais-tu qu'une loi écrite, te protégeait,
Et que ton droit, par l'état est bafoué.
Parle mon ami
Toi mon frère que par justice on enferma à vie,
Parce que la vie t'avait maudit jusquà la lie.
Pas d'amour, pas d'enfance, et des coups pour caresses.
Aujourd'hui on te livre à ta mort quotidienne par sentence.
Parle mon ami
Toi mon frère interné, derrière les murs du silence,
Dans le mouroir qui te psy la raison, et te cadenasse,
Ta bouche en cadence psalmodie des prières enragées
Qui disent: je n'ai tué personne, pourquoi m'assiéger?
Parle mon amie
Toi ma soeur, que des hommes iniques et d'un autre âge,
ont réduite, soumise, et muselée derrière un grillage;
Ce beau visage de femme, qu'une heure la lumière épousa,
Et qu'on enferme, et qu'on enterre sous la bourca
Parle mon ami
Toi mon frère mon camarade, qui trente années durant,
N'osa soulever un geste de défi, devant le patron gueulant.
Ce matin fermeture! Block-out! Congédié! Il a délocalisé.
Ailleurs, il va gagner de l'or. Sur le carreau il t'a laissé.
Parle mon ami
Toi mon fils d'Afrique noire, semblable au mien, ici heureux
Toi embarqué, sur un rafiot pourri à vingt ans, toi si audacieux
Sur les vagues en furies, parce que là-bas, chez toi, les tiens,
On vous a dépouillés de tout, pour que mon fils ici ne manque de rien
Parle ma planète
Ô oui! Parle-moi du temps jadis et si ancien à ma mémoire,
Quand les hommes n'avaient pas encore écorché ton écorce
Volé tes réserves, souillé tes océans, dilapidé tes richesses
Dis-moi que le vent caressera encore, le visage des enfants
Parlez-moi
Poème de Stéphane Cottin
-D.R.-
bechmo
PleinSens n°8
"Le voyage"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"
-"Dans ce très beau poème, de construction classique, en purs alexandrins, Eva FARAGO ARBANEY décrit de merveilleux voyages et séjours dans des lieux enchanteurs, par leur esprit, leur construction artistique, ou leur création ou existence naturelle, et nous fait ressentir sa nostalgie de ne plus les revoir."
Beaux jardins de Turquie
de Eva Farago Arbaney

Beaux jardins de Turquie à odeur de jasmin,
Somnolents le matin sous le grand ciel vermeil,
Des hommes, allaient, venaient, une fleur à l'oreille,
Et je crois les revoir dans le gris parisien.
Je me souviens aussi de la terre italienne,
De Florence la douce, Taormina la belle
Les jardins exotiques, les étroites ruelles
Et je sais la splendeur des églises de Ravenne,
Et aussi la mer chaude aux si vives couleurs,
La plage au sable blanc qui brûlait mes pieds nus.
Merveilles de ce monde, ne vous reverrai-je plus?
Je vous garde en moi-même, tant que battra mon coeur.
Poème de Eva Farago Arbaney
bechmo
PleinSens n°8
"Le voyage"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont ?"
-"L’humour caustique et critique, les non-sens, contresens etc. de Jacques ANSAN recueillent beaucoup de suffrages, et je ne fais pas exception à la règle.
En choisissant « ÇA SERT A QUOI ? » avec lequel je me sens en accord, nous avons l’occasion de constater que le bonheur ne s’apprécie pleinement, qu’en opposition au malheur… constaté ou vécu !"
ça sert à quoi ?
de Jacques Ansan

ça sert à quoi le malheur?
A s'inventer du bonheur
Pourquoi partir aux pays lointains?
Pour voir plus près les putains
Les mendiants, les lépreux et les gosses
Abandonnés comme des chiens?
ça sert à quoi le malheur?
A s'inventer du bonheur
Pourquoi partir aux îles paradis?
Pour montrer qu'on est friqué pardi?
Pour se croire unique naturel
De la planète originelle?
ça sert à quoi le malheur?
A s'inventer du bonheur
Si jamais, il n'y avait plus de malheur
Le tourisme cesserait d'exhiber ses dollars
Il n'y aurait plus personne à voir
puisque les malheureux seraient morts
Poème de Jacques Ansan
In "Etat des lieux"
Edition "Cercle des poètes du 18éme"
bechmo
PleinSens n°8
"Le voyage"
-"Pourquoi avoir choisi ce poème, Christian Lafont?"
-"Ce numéro 8 de PleinSens, me permet avec du recul, de redécouvrir les poèmes des fondateurs de la Ruche des Arts.
Après une longue période de difficultés personnelles, je découvrais les rencontres poétiques à « l’Interloque », et l’édition des poèmes dans PleinSens, et notamment « A ARAXA »
Dans ce poème, Michèle LASSIAZ évoque avec une belle écriture, dans un style libre très imagé, ses voyages en rêve, ou ses rêves de voyage, oscillant entre réel et imaginaire… "
A Araxa
de Michèle Lassiaz-Chambon

Emmène-moi navigateur solitaire
découvrir les criques encaissées
où se terrent les oiseaux délaissés.
entrevoir un lambeau de ciel
d'un tendre bleu
entre les branches angoissées
d'un olivier.
Laisse-moi avec toi rêver
les mêmes bleus d'encre
les mêmes cieux enflammés
laisse-moi goûter les vagues
sur nos corps dénudés
et m'enivrer de ciel, d'eau,
d'infini et de bienfaisant soleil.
Emmène-moi, navigateur solitaire
Car je saurai me taire.
Poème de Michèle Lassiaz-Chambon
In "Fleurs et pleurs"
Edition: "Cercle des poètes du 18ème"
bemoch
PleinSens n°7
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?
- Genèse et voyage de la pivoine. Fleur-chair incarnée s'il en est, fleur-esprit aussi, qui semble toujours nous renvoyer à Manet et au poème de Paul Claudel "La pivoine" et cette rougeur en nous qui précède la pensée (Cent phrases pour un éventail).
La structure en dix strophes du poème de Junillon permet d'assister à l'éclosion magnifique de la fleur, pour finir sur deux pétales, papillon blanc, chute émouvante des derniers vers. Métaphores et images très expressives sorties de la plume d'un beau poète que l'on sent botaniste à ses heures, et tendre amoureux sans doute pour nous convaincre ainsi et, sans peine par cet éloge de la reine des fleurs. Pétale d'oiseau, plume de la fleur...
La pivoine
de J.C.Junillon
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S'il me faut, dans un bouquet, en extraire une fleur
Celle entre toutes qui m'apparaît différente,
Je choisis sans hésiter la pivoine charmante,
Pour la chair de sa robe et sa simple douceur.
Bouton déjà, elle offre à l'oeil une promesse,
Pétales larges et bien formés
Qui se recouvrent en de mutuelles caresses,
Et qui, sur elle, invitent ta main à se refermer.
Atteignant la maturité, elle laisse l'Aquilon
Jouer avec ses charmes. Tel tendre Cupidon.
Et ses robes multiples, autour d'elle en anneau éclatée
Sont une couronne de mariée tout à l'amour dédiée.
Du coeur de ce temple d'amour alangui,
S'évaporent des effluves rares, des parfums discrets,
Ou se mêlent fraîcheur et nostalgie,
Triomphe d'une éphèmère jeunesse teinté de regrets
Plus tard, à la saison passée,
Le rude vent à son tour s'emparera d'elle,
Si bien que quelques pétales par lui arrachés
Marqueront à ses pieds la première défaite de la belle.
Puis arrive le signe marquant l'emprise du temps,
Ce signe qui, sur tous, inexorablement
Règne en inflexible couperet,
Mais que chacun sur soi en module les effets.
Au contraire de la rose et de sa lente agonie,
Rose qui lutte, se rétracte, sur elle se rabougrit,
Pour ne devenir qu'une momie desséchée,
Squelette habillé de lambeaux de peau à peine colorés,
La pivoine s'abandonne, et se laisse prendre sans protester
Elle ne combat ni la loi, ni le hasard,
Qui de chaque destinée en contrôlent la durée.
Pour une dernière fois, elle choisit de s'offrir au regard,
Dans le calme d'une chair tout encore imprégnée de beauté.
Dans un mouvement gracieux, elle se penche,
Et déverse à ses pieds la moisson de sa corolle blanche,
Point d'orgue apaisant d'une vie qui se perd
Dans l'apothéose d'une dernière célébration de chair.
Souvent deux pétales restent attachés
Au sommet de la tige courbée.
Deux larmes, deux papillons blancs,
Qui peu après, se poseront doucement
Sur cette couche nuptiale pour amants séparés.
Poème de J.C Junillon
-Extraits de carnets de notes-
In "La boucle de ton nom"
(Editions ST Germain des prés)
bemomo
PleinSens n°7
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?
- Instantanés de vie pour dire -dans les palpitations du coeur-. Ici comme ailleurs la poésie de Michèle est sans ambages, claire et concrète.
Toujours directe. Qu'elle s'adresse à un bouton de rose ou à tel compagnon de lutte devenu "officiel". On passe donc facilement dans cette poésie du matou Gribouille -pas toujours sympa- au tragique de la famine en Afrique et aux épanchements familiaux. Le corps réagit au rythmne des mots et réciproquement. Forme lapidaire, concise, plutôt que long discours, pour traduire colères et larmes.
C'est spontané et franc, plein de tendresse. On l'aime notre Michèle, et c'est si rare d'aimer son...président!!
Corps parlant
de Michèle lassiaz-Chambon

à Jacques...
Corps
Tu me parles
De mes émois.
Tu tressautes
De mes colères,
Tu te fatigues
De mes allées venues
En manif
Ou en sitting,
Tu tousses
D'inquiétude
Tu te secoues
De rire
Des facéties
Et des mimiques
De nos comiques,
Tu t'agites
A la disparition
De mon matou colérique,
Tu pleures
De l'agonie
Des affamés
D'Afrique
Tu jouis
Du petit lové contre toi
De l'amitié partagée
Et des câlins
Au petit matin
Poème de Michèle Lassiaz-Chambon
Janvier 2006/ Extrait de "Recto-Verso". D.R .
bemomo
PleinSens n°6
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?
- Déjà le charroi est étiré dans la profondeur du voyage. Veines bleuies, sillons creusés, pourquoi est-ce que je vis?
Le buccin, trompette de vie des guerriers antiques, symbole de vie, laisse place au glas du tocsin qui éteint la veillée-chicorée...La mort est là, petite mort comme on le comprend là avec Rilke. Le poète l'insulte, s'indigne de toutes ses forces. En vain.
"deux petits pains
deux compagnons de l'assiette-vie,
tel deux soleils glacés
auprés de plats à peine servis
Mais la table-existence est déjà desservie."
A Michel Mathieu, mon ami, que j'ai accompagné dans de nombreuses lectures de ses poèmes, je dédie ce court poème récent. Femme-nécessité, faille-fulgurance du temps. je rappelle simplement que Michel MATHIEU, médecins aux enfants malades, psychiatre est l'auteur de nombreux recueils de poèmes (Rafale de feuilles (Axiane), Dans quel miroir de cendres (Galerie racine), Ballade de la mort (La porte), Vers le milieu de trente-neuf (Plaquette), Lieu commun (Hors-jeu), Laitances au fil de l'eau (Ed Goldbeck-Loiwe), Miroirs engloutis (Voix d'encre, 38) et Hors-jeu (des cigales et des hommes), à chacun son masque (Area)). Critique d'art, ce qui nous rapproche, il est aussi l'ami de Georges Emmanuel Clancier, de Charles Juliet. Nous l'avons publié à différentes reprises dans PleinSens, et ce poème s'il est parfois à décrypter, demande une lecture pénétrante. Oui, lire de la poésie c'est parfois -et c'est bien la moindre des choses- demander aux lecteurs un effort, une rigueur.

Michel Mathieu, assis à côté d'Alain Pizerra
Aube au buccin/soir au tocsin
de Michel Mathieu
Après le père. Après la mère, la fille aînée.
Après Roger, Catherine. Après Catherine, Christine.
N'as-tu pas fini, chienne cruelle, de t'acharner sur tes enfants?
Pourquoi toujours ravir? Sans cesse profaner? N'es-tu pas rassasiée?
Va, tu me fais horreur, à porter tes fureurs à leur comble dans ce lieu
parfumé. Trouve-toi d'autres proies, naufrage d'autres proues, saccage
d'autres épis.
Après le père, la mère. Après la mère, la fille aînée.
Après Roger, Catherine. Après Catherine, Christine.
Mais ils aimaient la vie. Tu m'entends, chienne assoiffée!
Ils s'abreuvaient, confiants, abandonnés, à la source que tu troubles.
Christine. Surtout, cette chair de cannelle, cet esprit d'obsidienne.
Un frémissement de feuilles dans une coulée de lave.
Elle n'avait pas toute accompli sa tâche, tendre pousse!
Est-ce un crime de tendre l'arc de la pensée, de faire voler au loin
la flèche et la beauté? Chérir la peinture-l'éclair de la couleur, l'offrande
de la forme-est-ce un déni de justice? Chanter la poésie- l'élan juste du mot-
une invective au sacré?
C'est toi, chienne impudique, qui fais honte aux humains et aux dieux.
Je te maudis.
Poème de Michel Mathieu
D.R
bemoch
PleinSens n°6
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?
- Cri-acte de la lumière à travers les sables. Mobile et changeante comme des perles de verre, ainsi nous apparaît cette lumière. Ce poème de Meg est à lire et à méditer. Il nous enseigne la patience pour tendre à la connaissance, appréhender la parole vive à la source de cette religion des mots- et du silence-.
Vérité qui s'incarne, christique. L'harmonie, la beauté, la sagesse nous guident vers l'étoile. Equation mystique. Mieux entendre pour mieux renaître ici ou là, dans la communion des saints. Le temps est immobile ou descend peut- être du présent vers l'avenir. Fulgurance du geste du poète qui crée le fruit qui est au centre de tout, ce fruit que nous récolterons plus tard. Unité parfaite. Plénitude. Vie.
Le cri dans le désert
de Meg Galletti-Boucrot
Bemo
PleinSens n°6
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Alain Pizerra?
- Femme de caractère et esprit non-conformiste, Clara Murner avait choisi intelligemment ici une révolte anti-thème. Manière décalée et ô combien salutaire de régler son compte au prêchi-prêcha du thème convenu, millepattes qui trainent partout!
Empruntez les chemins de traverses pour "s'étaler de l'enfer des villes" par les petites routes forestières et les étangs secrets cachés à la vue des sangliers urbains. Le parti-pris de Clara est d'autant mieux venu ici, qu'il lui permet de rendre un bel hommage au "mythe" de la révolte: Rimbaud (mais il y a aussi Cernuda, Sènac, Rolin, Laude, Pasolini et quelques autres...). Rimbaud à bord de son "Bateau ivre" que Clara aimait à déclamer dans nos soirées poétiques. Bref, poème anti-thème réussi et qui sonne "Le glas des impostures" par les élans d'une plume "sempervive" et fière comme l'... . Exemple à suivre...
Poème anti-thème
de Clara Murner
Poème de révolte
et de parti-pris résolument anti-thème
Vous me demandez un thème, vous me le demandez:
La poésie étouffe dans le linceul du thème
L'oiseau a-t-il besoin d'un thème
Pour déployer au ciel sa trajectoire hautaine
Et le parfum de la rose pour embaumer nos songes?
Quand la tempête des mots franchit la porte
Elle ne crie pas holà! Suis-je bien dans le thème?
Amis poètes, laissez le thème aux savants latinistes
Je vous le dis: La ville n'est pas un thème
Le prince d'Aquitaine nous l'a montré de sa silhouette
Pendue à une corde, rue de la vieille lanterne
La poésie ne cherche qu'à s'évader de l'enfer des villes
Elle se réfugie dans l'atmosphère des gares
Ou s'enfuit par-dessus les toits de la cité
Elle est désir pur, amoureuse ambition
Ecriture "Sempervive" qui délivre l'ivresse.
Que les bouchons des thèmes et des carcans sautent
Que la mer des mots lave les prétentions
Amis poètes, allons, révoltez-vous!
Redressez vos fronts où coule la lumière
La parole des mourants n'a pas de thème,
Ni même de rigide syntaxe
Leurs mots sonnent le glas des impostures
Quel est le thème du "Bateau ivre", je vous le donne en mille?
Si le prince des poètes vient parmi vous
Vous voulez l'enchaîner dans des formes adverses
Allons! laissez les thèmes, les rhèmes et les propos
Laissez vos plumes suivrent leur élan
Ou bien n'écrivez RIEN!
Poème de Clara Murner
(31/12/05) D.R
bechmo
PleinSens n°5
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Oguène ?
- La sensibilité pudique d'Alain Pizerra affleurant à chaque mot, à chaque association évocatrice de ce monde devenu si éminemment "calculateur" et déshumanisé, me touche particulièrement.
Il sait si bien exprimer ce refus de cette humanité bafouée: "Je ne veux pas qu'on me dépouille de mon âme."

Tout est-il spectacle?
A Jean-Claude Guiguet
Aux passagers
Tout est-il spectacle ?
Misère-sentinelle,
L'arbre du monde est malade,
sacrifié ?
Meurtrier du vent, de la vie profonde
L'oeil réalité est figé sur les choses
confisquées, obturées.
Les enfants du virtuel ont perdu l'avenir
Leurs rêves écartelés au néant de l'instant.
Les gravures simiesques,
carapace d'écrouelles étalées sur les murs
Disent une humanité atteinte au fond
et parée de ses lèpres.
Joie du moineau sautillant,
Courant léger de la source ignorée.
Le visage de l'Un est l'unique bienfait
Lambeaux de fête sur le collant des jours.
Au mondial du non-sens
vérole-confusion
Le cri lui-même est banalité.
Il faudra louer Dieu de n'être pas d'ici
ni ailleurs.
Misère-nausée
Au diapason du béton titubant.
Les sirènes d'alarme filent en trombe
Vers des casernes cerceuils
Fleurs décapitées par le bourreau.
La vie, émerveillement du givre étoilé,
Appelle le soleil à l'aide
Dans un rayon livide ou grisonne la ville.
Caresse de safran, la route de sable-thé
S'endort au bleu glaçé de la sainte victoire,
chasuble dans la nuit.
Pâle soleil du monde
Comment vouloir ce non vouloir ?
Je ne veux pas
qu'on me dépouille de mon âme.
Alain Pizerra
Extrait du recueil " Ces statues violées"
besy
PleinSens n°4
- Pourquoi avoir choisi ce poème, Oguène?
- Sans erreur possible, voilà bien un texte de Jacques Ansan, qui par ses jeux de mots anime et réjouit l'esprit aventureux de la chose.
Et, sans course contre la montre, à contre-courant, je m'en vais, dès cet instant, joyeusement vers la Contrescarpe.
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Tout contre
de Jacques Ansan
En allant à la contrescarpe
Pour acheter du contreplaqué
J'ai rencontré lors d'un contre-pied
Un homme du contre-espionnage
Qui nageait à contre-courant
de contrepet en contrepet
Nous avons fini par nous contredire
A propos d'une contredanse
Qui n'était qu'une contrefaçon
De vraie prune contretypée
Il m'expliqua en contrepoint
Sous forme de contre projet
Qu'un stationnement de contre-mesure
N'était adressé qu'à un joueur de contrebasse
Cette contredanse de contrebande
Je lui jetai en contrepoint
Il la reçut à contre-poil
Ce sont les contreparties
Hélas, de la contrepétrie
Dont on peut bien se contrefoutre
Jacques Ansan (DR)
beogjamosy
PleinSens n°3
Pourquoi ce poème Alain Briantais ?
“ Le titre de ce poème me plaît beaucoup. Etre « née d’un chant » qui reste à jamais vivace malgré le déracinement m’évoque l’humanité. Le froid de Paris n’est plus le même aujourd’hui… En réponse à Rachel, je dirai qu’il ne redonne pas souvent racine à la joie mais bien plus fréquemment à la peur pour de nombreux étrangers. ”
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Née d'un chant...
de Chantal Rachel Guez
Je suis née d’un chant si pur,
D’une prière,
Que murmurait mon père
Il y a bien longtemps.
Je suis née d’un champ,
D’une terre austère,
Où se turent mes frères,
Ventre d’une maman.
Diaspora, nuit des temps.
Le peuple d’où je viens,
A dû migrer, souvent.
J’aime ce sol comme le mien.
Qui s’en soucie vraiment ?
Vinrent les heures noires.
Jeune pousse piétinée,
Par le vent de l’Histoire,
Je me suis déracinée.
Il me faut te quitter,
Pays où je suis née.
Et je pars traverser
La Méditerranée.
Je m’arrache du sol,
De ma cour d’école.
Et, quand l’avion décolle,
Il ne faut pas pleurer.
Si je prends mon envol,
C’est vers la liberté
Paris si fraternel
S’y reposent les ailes,
Des enfances transplantées
Je ne peux oublier.
Mais, dès que je te vois,
Je me prends à rêver.
Paris égalité,
Ton air est un peu froid.
Mais tu vas redonner...
Racines à mes joies !
Chantal Rachel Guez (DR)
bealmosy
PleinSens n°3
Pourquoi ce poème Alain Briantais ?
“ Ce poème est en réalité une chanson écrite par l’auteur en 1973.
Sa mélodie, aujourd’hui encore, court dans ma mémoire.
J’aime surtout le texte et je partage intensément l’esprit
qui se dégage à la toute fin. Dans un monde où l’on juge de
plus en plus à la vitesse de l’éclair et de manière irrémédiable,
cette pensée s’avère plus que jamais essentielle et salutaire.
Merci Pierre ! ”

Vie ratée
de Pierre Régnier
Sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’ai été juif à Varsovie
j’ai été enfant d’Oradour
j’ai été protestant le jour
de la Saint-Barthélémy
moi
sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’étais de ceux d’Hiroshima
j’étais dans les wagons d’Auschwitz
j’étais paysan à Lidice
j’étais curé à Guernica
moi
sans jamais avoir quitté mon lit
moi
j’ai été noir à Prétoria
au Québec j’étais nègre-blanc
j’étais squelette au Pakistan
j’étais un gosse au Biafra
moi
moi qui vivais sans foi ni joie
entre purgatoire et enfer
moi qui n’ai jamais su rien faire
de valable de mes dix doigts
avoir
honteux et pauvres souvenirs
savoir
derrière soi son avenir
n’avoir
pas même le goût d’aujourd'hui
ah que c’est triste d’avoir raté sa vie.
Sans jamais avoir quitté mon lit
moi
j’ai été juif à Varsovie
à Athènes j’étais démocrate
j’étais catholique à Belfast
communiste en Indonésie
moi
sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’ai refusé d'être para
j’ai mis crosse en l’air dans le Rif
j’ai été bougnoule à Sétif
et Palestinien à Gaza
moi
sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’ai été poète à Moscou
j’ai crié mon amour en Prague
avec cent autres qui divaguent
on m’a interné chez les fous
moi
on m’a fait taire tant de fois
moi qui n’ai jamais protesté
moi qui riai pas même essayé
d’élever rien qu’un peu la voix
avoir
honteux et pauvres souvenirs
savoir
derrière soi son avenir
n’avoir
pas même le goût d’aujourd'hui
ah que c’est triste d'avoir raté sa vie
Sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’ai été juif à Varsovie
j’ai été brûlé au Napalm
par les bombes U.S. au Vietnam
emprisonné en Bolivie
moi
sans avoir jamais quitté mon lit
moi
j’ai été Christ en Galilée
j’ai reçu le coup de Juda
j’étais de ceux qu’on fusilla
contre le mur des fédérés
moi
sans avoir jamais quitté mon lit
moi
au cachot ma tête a blanchi
j’ai essuyé tant de crachats
on m’a cloué sur tant de croix
moi qui n’ai jamais pris parti
mais
mais à quoi ça sert de pleurnicher
on ne peut pas sa vie entière
ne regarder que par derrière
un jour il faut se retourner
avoir
honteux et pauvres souvenirs
mais voir
devant soi un autre avenir
avoir
à nouveau le goût d’aujourd’hui
c’est jamais pour toujours qu’on a raté sa vie.
Chanson de Pierre Régnier
“Mourir moins sale” Edition Oswald
bealmo
PleinSens n°2
- " Pourquoi ce poème, Alain Briantais ? "
- “ Je ne suis pas sûr de savoir précisément ce que l’auteur désigne
par « ma fleur ». Est-ce une femme, l’une de ses filles ou tout
autre chose ? Mais j’aime le côté minimaliste de ces quelques mots
qui nous emportent dans un univers subtil de poésie.”
Ma fleur...
de Gérald Bloncourt
Elle a poussé
le long
de ma mémoire
cette petite
plante
Elle s’est
accrochée
au mur
de mes années
Elle a donné
la fleur
que tu es
Le long de ma
mémoire
elle s’est ouverte
pétale
par pétale…
Gérald Bloncourt
16 juillet 1977

Photo de Gérald Bloncourt
bealmo
PleinSens n°2
Pourquoi ce poème, Alain Briantais ?
“ J’ai choisi ce texte car j’y retrouve l’humour acide de Jacques. Sa volonté toujours renouvelée de briser les chaînes qui nous entravent, puis la tristesse qui s’ensuit de ne pas y arriver totalement...”
Recettes Jardinières
de Jacques Ansan
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J’ai fait du purin d’orties
Pour chasser les prédateurs,
Emmouscailleurs de la vie,
Il faut savoir recycler les douleurs et les rêves
Pour les renvoyer à leur origine de sang et de terre
Et piquer au vif les ennemis
J’ai fait du purin de consoudes
Pour égrener les litanies et autres chapelets
De gangrène que me jettent à la face
Les faiseurs de prêt à rêver
Made in Hollywood
Dans l’acide du regard en fusion
J’ai lancé le fumier à la face du monde
Pour cultiver mon jardin clos
Je l’ai épuré des rires, des frustations,
des critiques, des sifflets de spectateurs
des hurlements de faux producteurs
et mantes religieuses hennissantes
pour ronger mon licou.
Jacques Ansan
le 06-07-2004 (DR)
besyalmo

PleinSens n°2
"Le jardin"
Le vendredi 15 octobre 2004 un imposant tonneau encombre la salle du café "Les chiffons" indisposant l' échange entre les participants de cette scène ouverte poétique. L’objet est enlevé et, Prévert ayant la cote, plusieurs poètes déclament quelques-uns de ses textes…
La caméra persane de Hormuz Key mémorise ce moment pour l’éternité…
On est, en cette fin d'année, en l' attente des "exclamationnistes" : troupe de poètes bruxellois annoncée pour la prochaine scène poétique.
"PleinSens " n°2 paraît lors de ce dernier trimestre. Le collectif de rédaction et de lecture est le même que pour le n° 0 et le n°1 : Reza Afchar Naderi, Jacques Ansan, Stéphane Cottin, Laurent Galili, Michèle Lassiaz, Clara Murner et Alain Pizerra.
Alain Briantais, depuis le début de cette aventure le concepteur et le réalisateur des maquettes, entre dans le cercle très fermé des rédacteurs, remplaçant ainsi Claude Mallerin.
Un hommage, en page 30, est adressé à SLOBODAN KOJOVIC, parti pour d’autres cieux le 17 Août de cette année-là. Cet humaniste, poète, peintre et homme d’action, avait créé la revue "ROUGE GORGE". Il était auprès de tous tenu pour un ami : attentif aux autres, il appréciait leurs diversités…

Il existait alors un courrier des lecteurs dans lequel Alain Anton écrivit une très belle lettre que je ne peux m'empêcher de vous offrir:
" Je n’écris jamais pour un interlocuteur.
Les interlocuteurs se trouvent.
Une belle jardinière est venue bêcher sur un rond-point près de chez moi.
Elle était absolument magnifique...
Les poèmes sont imprévisibles.
Par contre, ils ont besoin d'être lus par des amoureux du genre...
J'aimerais envoyer des textes de temps en temps pour rien.
Ceux qui ont soif d’être lus.
A la belle jardinière
héros
à pleine bouche de la terre
qu'une jardinière en bêchant
remuerait de ses seins
tendant le svelte corsage
linceul qui te comble lentement."
Texte d'Alain Anton

Voici l’édito de ce "PleinSens N°2",
rédigé par Reza Afchar Naderi
Quel est votre jardin ?
Si les écritures ont fait du jardin le symbole du paradis terrestre, un jardin que le premier homme cultivait, c’est sans doute parce que le règne végétal, maîtrisé à l'échelle humaine, reflétait au mieux un univers idéal.
Plus tard, il y eut les villes. Et, pour les habitants de la cité, la nostalgie récurrente de ce monde perdu où tout n’était qu’harmonie.
C'est ainsi qu’à défaut de retrouver les vergers de la genèse, le jardin idéal est devenu intérieur. Depuis, chacun n’a de cesse de cultiver son jardin intime. Le summum de l’échappée originelle combinant, avec cet exercice,
la retraite dans quelque (vrai) jardin dont on a voulu qu’il reflète
un paysage sentimental romantique, à la française, à l’anglaise, minéral, mauresque, persan et j’en passe...
Et vous, quel est votre jardin? Jardin des Hespérides, des délices
ou des… supplices ? Ce nouveau numéro de la revue "PleinSens"
pourrait être l’occasion de journées "portes ouvertes" intérieures
sur vos mondes secrets, pour peu que vous décidiez de les dévoiler un peu,
à travers ces pages, à nos lecteurs.
Texte de Reza A. Naderi.
Ce sera bientôt au tour d'Alain Briantais de divulguer deux poèmes de ce même PleinSens. Ils seront publiés, sur notre blog associatif, les deux prochains lundis de ce mois.
Voici son choix :
Jacques Ansan : Recettes jardinières
Gerald Bloncourt : Ma fleur
besymodi
PleinSens n°1
Amour et amitié

Michèle lassiaz:
Pour l'amitié, c'est Stéphane Cottin qui m'emporte, avec son très beau texte qui coule si joliment sous la plume...
L’amitié
de Stéphane Cottin
![Paris juin 2010 017[1]](/../../../../uploaded/new_phot_OVB/paris-juin-2010-017-1-mon-hoorm-steph-did-jpg.jpg)
De gauche à droite : Hormuz Key - Stéphane Cottin - Didier Laloux
T’en souviens-tu de ces années soleil
Quand le feu de la vie brûlait à plein brasier
Nous traversions volubiles des nuits sans sommeil
Décidés d’être trempés dans le fer et l’acier.
Et si le doute, un soir frappait, prenant la barre
Tu larguais l’ancre, toutes voiles dehors, fier
Sur les flots emmêlés, ton regard défiait l’univers
Alors confiants, vers le port s’allumait un phare
Ergotant sur le devant du monde, superbes et arrogants
Forçant contre leur quiétude, les amorphes à la dynamique
Libres sans être débauchés, partisans sans être intransigeants
Nos cœurs déjà s’ouvraient sur nos vingt ans ludiques
Elles sont passées les filles avant de s’évanouir
Elles ont laissé le goût de ces premiers désordres
Des baisers et des mots, avant de voir l’aube s'enfuir
Ce goût de miel dans la bouche et cette envie de mordre
Ce pays, cette terre, qui porta notre enfance
Cette douceur de vivre, que chacun nous envie
Et qui berce nos âmes et chante nos romances
Ont décidé pour nous, un jour, que nous serions amis
La fraicheur du vent sous l’ombre du châtaignier
A peut-être scellé un matin cette union fraternelle
A moins, qu’une ivresse charnelle de la liberté
Ait donné naissance à des frères sans que le sang se mêle
Si le ciel s’est couvert parfois de nuages menaçants
Magicien des étoiles et funambule de l’espace
Nous avons éloigné de nous la tourmente constamment
Faisant une trouée d’azur par-dessus nos défenses
D’une mémoire à l’autre, un souvenir m’attendrit,
De ma compagne, un jour, tu fis un compagnon charmant
Lorsque fuyant moi-même, d’ennuyeux déplacements
Tu te fis servant accompagnateur pour des choix bien hardis
La ville s’en souvient, elle a peu de mérite
Si choisir un vêtement est un art féminin
Tu proposas si bien de mener en chemin
Ma femme, qu’elle en prit le goût et le rire
Tu prends aujourd'hui par la main l’âme sœur
Douce rose cueillie au jardin des délices ce matin
Qu’elle le soit sur ta vie pour toujours comme une fleur
Un parfum qu’on respire, une parure de satin
Et toi aussi donne-lui cet amour infini
Et faites de vos vies, chaque jour, chaque nuit
Mieux encore que nos rires intrépides et cocasses
Des joies interminables, qui vous donnent la grâce
Et... plus tard...
Garde bien près de toi, ces quelques rêveries
Quand le temps aura raison de nos forces vitales
Il restera, ce passé de jeunesse et que rien ne détruit
Qui sont nos souvenirs avant que l’éternité sur eux dévale.
Stéphane Cottin
Extrait de " Touché coulé "
Edition S.d.E.
symo
PleinSens n°1:
Amour et amitié

Michèle Lassiaz:
Pour l'amour, j'ai opté pour le poème de Thierry Sajat qui le chante avec tant de grâce et de poésie !
Les poèmes d'amour
de Thierry Sajat
Les poèmes d’amour s’écrivent comme on rêve,
Une aile sur le cœur et du vent dans les yeux.
Ils ont la profondeur des âmes, tout le bleu
D’un ciel à inventer. Chaque minute est brève
Quand on écrit des mots de fleurs, des mots d’oiseaux,
Des silences d’aurore. Et la rime enjolive
Le parchemin du temps à l’encre de ces rives
Parfumées de tendresse où s'enlacent les sceaux
D’herbe tendre de la muse et de son féal,
Poètes conjugant aux temps de leurs amours
Le verbe vivre comme on conjugue le jour
Avec la nuit pour mieux rêver son idéal.
Les poèmes d’AMOUR s’écrivent dans la chair
Des baisers. L’encre est douce à la plume qui danse
Jusque dessous les doigts roses des confidences
Qui retiennent le temps des doigts de l’autre, cher...
Thierry Sajat
Extrait de " Airvault, te souviens-tu?"
Edition Thierry Sajat
symo
PleinSens n°0

Michèle Lassiaz:
Prétentieux de se mettre en avant ! J'ai choisi ce texte car il m'a souvent été réclamé.
Alors, je me suis dit : "Il n'est donc pas si mal !..."
N'est-ce pas Alain?
Les Mains
de Michèle Lassiaz

Je vous aime, Mesdames mains
Qui parlez tant
En vous taisant.
Mains ravinées des lavandières
Mains grossières d’ouvrières
Mains douces et potelées d’enfants
Mains tendres d’adolescents
Mains habiles, rapides des cousettes
Mains agiles des violonistes
Mains fines et sèches d’intellectuels
Mains raffinées de mondaines
De vieilles gens
Mains généreuses, grandes ouvertes
De l’abbé Pierre
Mains gigantesques offertes,
Dans le ciel de Guelma
Mains de haine qui se ferment
Mains d'amour qui se tendent
Je vous aime, Mesdames mains.
Michèle Lassiaz
"Demain sera un autre jour"
Edition du Petit Véhicule -Nantes-
mo
Plein sens n°0

Michèle Lassiaz:
"Avec Claude Touili je retrouve avec mélancolie Alger où je n'ai pu retourner depuis 1989."
Alger
De Claude Touili
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Au-delà du béton et du bitume,
des immondices et des lèpres,
des monstres rampants de la nuit,
Alger,
chaque matin remise au monde
par une lumière invisible
et l’aubade des mouettes.
Dans le jaillissement des palmes
et l’embrasement des bougainvillées,
les terrasses montent à l’assaut du ciel
et le cri des corsaires resurgit
des entrailles de la Casbah.
Claude Touili
mo
PLEIN SENS n°0

Michèle Lassiaz:
Ce texte me touche particulièrement car je suis profondément sensibilisée aux problèmes sociaux, ayant moi-même écrit plusieurs textes sur ce thème. Cristina a su rendre avec force et lucidité une violence inadmissible de notre 21ème siècle.
Des hommes et des chiens
de Cristina Semblano.
Sur les trottoirs de la ville
Il y a des hommes
Et il y a des chiens.
Il y a des hommes
Qui promènent des chiens
Et des hommes assis
Qui ne promènent rien.
Sur les trottoirs de la ville
Il y a des excréments d'homme
Et des excréments de chien.
Les chiens aboient
Mais les hommes sont en silence
Assis sur le trottoir
Comme des chiens de faïence.
Ils tendent seulement leur main
Ils tendent seulement leur bras
Ils sont sales
Et ont perdu leur voix.
Ils s'excusent presque d'être là
Sur les trottoirs de la ville
Comme si la ville ne leur appartenait pas.
Ils n'ont peur de rien
Car rien n'est à eux
Mais ils ont encore faim
Mais ils ont encore soif
Mais ils ont encore froid
Et ils ont perdu leur voix.
Et les hommes qui passent
Passent vite sans les voir.
Peut être est-ce de peur
De voir la glace
Qui reflète l'image
De ce qu'ils seront plus tard.
Et les hommes qui passent
Passent vite sans les voir.
Sur le trottoir de la ville
Il y a des hommes et des chiens
Et des hommes assis
Qui ne promènent rien.
Mais les hommes, tous les hommes
Ont perdu leur voix.
Sur les trottoirs de la ville
Il n'y a que les chiens
Que les chiens qui aboient.
Cristina Semblano
Paris, 10 de Abril de 2000
Texte déposé.
mo


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