
Etat des lieux
de Jacques Ansan
Nous vous présentons ce mois-ci le 2ème recueil publié par notre collection " Le cercle des poètes du 18ème" , celui qui fit l'actualité en 2008: "Etat des lieux"de Jacques Ansan.
Voici sa préface écrite par Stephane Cottin. L'illustration de couverture est de l'auteur himself.

Aprés Jacques le fataliste, littérature oblige, j'ai rencontré Jacques le funambule, Jacques qui marche sur la tête en cherchant la mer dans une goutte d'eau, Jacques l'égoutier de nos méninges, le décodeur de nos neurones, le boulimiste des mots gourmands,. Le Jacques a dit de notre enfance, Jacques le croquant des injustices et j'en passe et des Jean foutres, Jacques le défenseur des bébêtes à cornes qui n'ont pas peur du rouge. Jacques qui noircit de tous ses talents la feuille blanche et vierge comme une petite soeur des pauvres. Jacques dont le drapeau noir de l'amitié flotte sur la marmite. Jacques, toi, le fidèle parmi les fidèles, toi qui n'a jamais trahi les copains, toi qui n'a jamais réclamé ta petite comission sur les services que tu nous as rendus. Je salue en toi, Jacques, tous les gestes d'amitié que tu as distribués sans compter.
Oh! Jacques, tu sais, eh! j'aime ce que t'écris...Tu veux que j'en parle? Non? Ah bon! Génial, mon pote!!
Préface de Stephane Cottin
besy

Extraits d'
Etat des lieux
de Jacques Ansan
Voici trois poèmes extraits du recueil de Jacques Ansan
avec les illustrations de l'auteur lui-même:
Lame de fond
Quand l'âme y cale
C'est l'âme en table
Rechercher l'amitié
C'est parfois tomber
Sur l'annonce classée
D'un journal distribué
A lire sur un banc
"Jolie scie à ruban
Cherche lame soeur
Pour débiter petits riens"
Vous souhaitez lame à Doué
Et tout à coup l'âme erre
Pourvu que cette jeune scie
Ne soit scie égoïne...?
Le lame de fond égoïste
Qui consiste
A se lamenter sur son égo
Par trop machiste
Devient lame dérisoire
Le Douar Le Clerc
L'épicier tunisien qui n'ferme jamais le magasin
M'a dit l'autre matin: "Téléphon' l'a encor raugmenté"
La charcutière cachère, m'a dit: " Le cochon exagère"
Au comptoir du voisin le kawa a monté un prix assassin
Mamadou m'a dit, en jouant du balafon:
"Ponds toi- même tes oeufs à l'heure du repas"
Le dealer du quartier m'a dit "Dedans ma tabatière
J'ai de l'excellent nougat mais tu n'en auras pas"
La grande surface de jour en jour gagne des parts de marché
La main du mercantile, fouille le CAC quarante et le downjoné
Pendant que dans sa poche, comme la banquise, le fric se restreint
Et la richesse, au jour le jour, n'est plus qu'un leurre
Toujours plus haut monte le prix du beurre
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

Mes racines
Le seul parent que je crois bien connaître
C'est moi, même les jours où il faut me supporter
Je suis né de rien, tout allait disparaître
Mes ancêtres juste avant n'avaient pas pu parler
Les guerres les empêchaient d'être de véritables êtres
L'orphelinat avait comblé déjà leur lourd passé
Nés de la boue, de la fange, de l'ornière
Ils n'avaient pour seule bonne manière que la guerre
Le seul parent que je crois bien connaître
C'est moi, même les jours où il faut me supporter
Né de la boue, de la fange, de l'ornière
Je joue la fuite, et même si je suis une légende d'hier
Je suis d'ailleurs. Regardez mes enfants vous verrez mes
racines
Ils sont de nulle part, et vivent sur la lune ou bien dans des
abîmes
Les racines sont dans les limbes et dans l'atmosphère
toutes sont dans des nuages, toutes dans la poussière
Le seul parent que je crois bien connaître
C'est moi, même les jours où il faut me supporter
Je suis né au milieu d'un tableau de Courbet
Nommé pompeusement "La naissance du monde"
Dans la brume d'un soir de fuite à Londres
Mais il faudrait être né parent pour connaître les siens
Et pouvoir leur parler, au- delà d'une tombe
C'est pourquoi je me sens toujours si orphelin
18 mars 2005

Pour se procurer “ Etat des Lieux” :
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