
Fleurs et pleurs
de Michèle lassiaz-Chambon
Bluettes de jeune femme, "Fleurs et pleurs"?
Non point! La sincérité proverbiale de Michèle Lassiaz transparaît partout dans ce journal poétisé.
Recueil qui semble dessiné et construit comme un paysage venteux. Chantons dans le vent...Oui Michèle!
Et tout le mal que l'on peut souhaiter à tes poèmes c'est de trouver ici leur accompagnateur tant ils semblent réclamer cette musique qui leur donnera leur dimension, celle de chansons populaires.
Cette liberté du vent qui anime Michèle, on la trouve partout ici, en ballades, ritournelles, mélodies...Le vent qui souffle derrière ces nuages mouvants que sont tes poèmes, Michèle, nous siffle des rythmes dansants comme pour illustrer l'idée que chez toi les sentiments sont aussi parfois des paysages. Ainsi, dans cette "Oasis de mon coeur", Fleurs et Pleurs, oui, car dans ces poèmes l'extérieur est souvent à l'intérieur. Métempsycose où le poète nous parle ici comme si elle était une plante, là, comme une "barque en perdition".
La meilleure part du recueil est sans doute celle où les mouvements du coeur -leurs intermittences aussi- sont les plus présents. Métaphores venteuses encore, qui semblent nous dire comme chez Rezvani que tout est léger, fugace et, encore dans ce recueil, sous le charme d'une naïveté parfois adolescente, en quête d'une maturité, d'une transcendance...
La forme dansante de "Fleurs et pleurs", leur légèreté, peut évoquer un sfumato, un modèle vaporeux.
Primat donné à la touche, pareille à celle d'un peintre au pinceau nerveux et rapide. Libre traînée de mots - couleurs au contour imprécis.
Sur le fond, ce premier livre de Michèle est comme par la suite, celui d'une poésie de l'intimité, du quotidien, de l'empathie immédiate et spontanée au spectacle des misères quotidiennes et de la désespérance des malheureux. Car à travers l'intimité chaleureuse des siens et des joies familiales (des tristesses aussi) Michèle voit depuis toujours sur un fond d'écran le kaléidoscope de la vie quotidienne, des images diffractées du monde dont nous accablent, mélangeant les images d'archives du passé aux images terribles du mond actuel -les sans-logis méprisés, les sous alimentés oubliés...
Belle projection de l'amour pris dans le cercle intime vers un monde réconcilié pour une conscience politique et souvent humaniste.
"L'aube de l'homme nouveau
Se lèvera sur une terre régénérée
Par l'approche de l'homme retrouvé"
Préface d'Alain Pizerra
-5 décembre 2007-

bechmo
Extraits de
Fleurs et pleurs
de Michèle Lassiaz-Chambon
Voici trois poèmes extraits et autres citations
du recueil de Michèle Lassiaz-Chambon
avec les illustrations de Marie-josée Goumain

Jeux de lune
La
lune
Est venue
Jouer avec moi.
Elle s'est faufilée
Entre les volets
Et m'a éclaboussée
De son sourire narquois.
Puis, doucement, souriante
S'est montrée sur mon oreiller
Comme pour se moquer de moi,
Lentement s'est promenée
Et soudain m'a quittée.
Adieu, reviendras-tu
Me voir
Demain
Soir?
"La solitude du non partagé m'écrase,
Je ne peux vivre que dans le partage"

A Pierre
et à tous mes autres camarades
C'est pour toi, camarade
Que me vient cette ballade.
La ballade de ceux qui veulent croire
Que rien n'est jamais inutile.
Des manifs, et des slogans
Clamés
De Nation à la Bastille.
Des pétitions signées aux portes des usines,
Des quarts d'heure de silence respectés
Au nom de la fraternité.
Des piquets de grève dans les
Petits matins glaçés.
Dis, camarade avec nous tous
assemblés
Au nom de nos libertés
Toutes ces heures vécues ensemble,
De discussions cinglantes,
De décisions...
Tous ces combats pour une plus
Grande EGALITE.
AFIN QUE L'HOMME SOIT...
AFIN QUE L'HOMME VIVE DIGNEMENT...
Si tu n'y croyais pas, alors pourquoi?
"Il faut savoir choisir la solitude si elle est l'unique
moyen de rester fidèle à soi et aux autres."

Pour André
A la recherche du père
J'ai scruté avidemment ton visage
Que je croyais être le sien
J'ai dévoré tes yeux
Cherchant l'appel de mon enfance
Fixant ardemment tes lèvres
Qui peut-être, prononceraient mon nom.
Je t'ai cherché le long de
Tes rides profondes
Le long des sentes arides,
Des dédales des ruelles mal pavées
Des villages agrippés
De Kabylie,
Je t'ai cherché auprès des vieux silencieux,
Dignes dans leurs burnous rèches
Assis à la fraîche
Avec dans leurs yeux
La beauté sauvage
De Djudjura.
J'ai caressé ton nez busqué
Tes mains noueuses.
Mais je ne t'ai pas trouvé, mon père
Ou peut-être n'as-tu pas voulu me
Reconnaître
Et je m'en suis retournée
Après cette quête
De l'autre côté de la Méditerranée
Vers mes autres ancêtres.

"Quand les hommes auront compris qu'il faut savoir
dans certains cas refuser d'obéir aux ordres
gouvernementaux, alors ils seront devenus adultes,
alors ils deviendront anarchistes."

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