N°2 "Paris"
Notre blog associatif entame dès maintenant une sieste de
deux mois, fort méritée, et laisse place au PleinSens virtuel n°2
dont le thème est « Paris ».
Grand nombre de poètes ont livré leur vision de notre capitale.
Un grand merci à eux d’avoir joué le jeu pour ce nouvel opus.
Ainsi, La Ruche des Arts vous accompagne tout l’été en poésie.
Deux poèmes, par semaine, seront publiés créant toujours
le lien entre les adhérents de notre association, malgré
la pause estivale.
Vous pourrez donc siroter, vous reposer, vous ressourcer,
tout en découvrant les proses insoupçonnées, les sublimes vers,
que nous vous proposerons tous les lundis et jeudis.
La poésie est une source vive, intarissable qui coulera malgré
la chaleur moite de juillet et d’août. La poésie est un parcours
de chaque instant, une quête d’absolue beauté.
Voilà pourquoi nous réitérons nos plus vifs remerciements
à tous nos poètes inspirés. Grâce à eux, la période estivale
n’en sera que plus belle pour nous tous, artistes en herbe
ou confirmés, qui désirons toujours nous nourrir
de l’inaccessible étoile : la recherche de sublimation…
Sommaire:
Ludovic Chaptal
-Le temps des cerises d'espoirs (publié le 08/07/2013)
Ysia Plume d'encre
-Raphsodie in gris (publié le 04/07/2013)
-Paris (publié le 26/08/2013)
Maryse Licette
- Combien, vite, je t'aimais (publié le 01/08/2013)
Cypora Herszhorn
- Printemps à Paris (publié le 15/07/2013)
- Canicule (publié le 12/08/2013)
AnPra
- Adieu Paris (publié le 25/07/2013)
Oguène
- Montmartre (publié le 18/07/2013)
Marièva Sol
- Parime (publié le 15/07/2013)
Christian Lafont
- Voir Montmartre et en rire (publié le 22/07/2013)
Yves P. Picart
- Belleville (publié le 29/07/2013)
- Filature (publié le 19/08/2013)
Fabienne Schmitt
- Ode capitale d'août (publié le 05/08/2013)
Benoit Dumont-Gimenez
- Le Peletier (publié le 15/08/2013)
Alain Briantais
- Jardin des Batignolles (publié le 22/08/2013)
Michèle Lassiaz Chambon
- Couleurs (publié le 08/08/2013)
Sabine Kahsay Habtemichael
- Parivages (publié le 30/08/2013)
La reprise de notre Blog associatif sera effective dès le
02 septembre 2013, avec une nouvelle interview de Monsieur X
qui délivrera les nouveautés proposées par notre association
ainsi que la continuité de toutes nos actions…
Mais, d’ici là :
Bonnes vacances,
à toutes et à tous!
bech
« Il était tard ;
ainsi qu’une médaille neuve
la pleine lune s’étalait,
et la solennité de la nuit,
comme un fleuve sur Paris
dormant ruisselait. »
Charles Baudelaire
« Paris sera toujours Paris.
Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse d’autre ? »
Frédéric Dard
Rhapsodie in gris
de Ysia, Plume d’encre

Rhapsodie in gris
sous le ciel de Paris
dans mon cœur retentit
du temps il fait fi
Quelque chose me dit
que que que
l’histoire n’est pas finie
mais mon âme revit
avec cette rhapsodie.
Impulsion
impulsons aux pulsions
qui pulsaient ablutions
décoiffées
Ça n’a ni queue ni tête
car j’y suis restée dans cette rhapsodie
Encore et toujours
je préfère la musique
qui ne dit pas des mots
incorrects politiques
Ce langage des sons
vibre à l’intérieur
mieux que tous les discours,
que les mots tyranniques,
sans bourrage de mon crâne
de mon cœur de ma vie.
Nul besoin de pardon
car ce langage ne blesse
ni rime ni raison, ne parle
que de non-lieux.
Nulle chose n’est plus belle
que toutes ces émotions
qui s’articulent en sons
qui font vibrer les cordes
de mon âme assoiffée
de la vie qui l’habite,
qu’elle tente d’exprimer
en sursauts frémissants
elle y arrive,
elle qui n’est née
ni d’Eve ni d’Adam
à Paris.
Poème de Ysia Plume d'encre
22 novembre 2012
D.R.
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bech

"A Paris on est étourdi par le monde;
on ne connaît que les manières,
et on n'a pas le temps de connaître
les vices et les vertus"
Montesquieu
"La notoriété est à la gloire
ce que le moineau de Paris
est à l'oiseau de paradis."
Edmond Jaloux
"les profondeur de la mer"
Le temps des cerises d'espoir
de Ludovic Chaptal
Te souviens-tu du temps des cerises d’espoir
Lorsque Paris chantait le cœur de la Commune
En élançant au ciel le drapeau rouge et noir
Qui dansait au soleil et rêvait sous la lune ?
L’exploitation gisait à l’ombre du mouroir,
Te souviens-tu du temps des cerises d’espoir
Quand le peuple dressa plus de cent barricades
Et que resplendissait l’honneur des camarades ?
De la foule marchant derrière Victor Noir
A celle qui grondait aux portes de Versailles,
Te souviens-tu du temps des cerises d’espoir
Où l’horizon voyait s’estomper les grisailles ?
Et jusqu’au dernier jour, jusqu’à l’ultime soir,
Jusqu’à ce que la mort ensanglante l’Histoire
Chassant un idéal avec un purgatoire,
Te souviens-tu du temps des cerises d’espoir ?
poème de Ludovic Chaptal

Illustration de Tardi
bema
« Paris n’a pas été bâti en un jour
et n’est même pas encore terminé. »
Chaval
« La Côte d’Azur est la serre où poussent les racines.
Paris est la boutique où on vend les fleurs. »
Jean Cocteau
Parime
de Marièva Sol

Marièva Sol porte un chapeau
Quatre rimes de quatre sous
Quatre bouquets pour les fleurir
Quatre rimes et par-dessous
Quatre quenott' pour un sourire
En dérive sur quatre rives
Quatre quais deux par deux
Quatre voûtes et quatre ogives
Pour Notre-Dame du Bon Dieu
Où Dieu veut moi je vais
Je le querelle et je le suis
Quand l'air du temps est trop mauvais
Je plie bagage et je m'enfuis
Ailleurs n'est pas pareil qu'ici
Ailleurs me plaît, ici m'ennuie
En quatre bonds je suis partie
Beaucoup plus loin trouver ma vie
A quatre murs pour me tenir
A quatre amours pour m'endormir
Je préfère quatre fois mourir
Si je ne peux pas repartir.
Poème de Marièva Sol
D.R.
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Illustration de Marièva Sol
bema
"Savez-vous pourquoi
Il y a tant d’églises à Paris ?
C’est pour permettre aux piétons
D’entrer faire une prière
Avant de traverser la rue."
Art Buchwald
"Pourquoi Paris ?
Paris n’a pas besoin de raison.
Paris est sa propre raison."
Maureen Johnson
Printemps à Paris
de Cypora Herszhorn

Comme une étoile luit dans les yeux d’un enfant,
Une chanson d’amour dans les harpes du vent,
Tout comme la rivière s’écoule, docile,
Voici que le printemps s’en revient dans ma ville.
Le silence a gardé prisonnière sa flamme
Qui s’était égarée sur des rives lointaines,
En cherchant la lumière du soleil, son âme
Est venue accoster sur les quais de la Seine.
Du bout de l’horizon, elle embaume la ville
D’un parfum délicat dérobé aux lilas
Et l’hiver indécis, qui s’enfuit, se faufile
Entre les pierres nues, le printemps sur ses pas.
Vois, il danse joyeux, s’amusant comme un fou,
Eclaboussant les blés de carmin ou de miel,
Sur les ponts de Paris, soulevant les dessous,
Les chapeaux, les rubans s’envolent jusqu’au ciel.
Dans les jardins nouveaux, où résonnent les cris
D’alouette cendrée ou du merle moqueur,
Le chemin des allées, tapissé de rubis,
Se constelle des roses chères à mon cœur.
Dans les rues de Paris, les badeaux se promènent,
Notre-Dame ravie les regarde passer,
Sous le Pont Mirabeau, où s’écoule la Seine,
Les amants ont trouvé un doux lit pour s’aimer.
© Cypora Herszhorn
(extrait de COMME UNE DOUCE MAIN)

Photo de Bruno Manginaux
bema
« Errer est humain,
flâner est parisien. »
Victor Hugo
« Les gens s’étonnent toujours
que vous ne quittiez pas Paris l’été,
sans comprendre que c’est précisément
parce qu’ils le quittent que vous y restez. »
Henry de Montherlant
Montmartre
de Oguène

Village de poche
Que j’emporte
Dans ma valoche
Aux soirs de mes errances
Et qui lorsque le Blues
Sonne à ma porte
M’accompagnant
Comme Gavroche
Sur les barricades
De ma mémoire
Jette l’ancre
Dans mon cœur
Montmartre !
Poème d’Oguène
Extrait de "Errances"
Collection des poètes du 18ème

bema

« Paris, singulier pays, où il faut
trente sous pour dîner,
quatre francs pour prendre l’air
cent louis pour le superflu dans le nécessaire,
et quatre cents louis pour n’avoir que
le nécessaire dans le superflu »
Chamfort
« Être parisien,
ce n’est pas être né à Paris,
c’est y renaître. »
Sacha Guitry
Voir Montmartre
et en rire
de Christian Lafont

Monte là-dessus, monte là-dessus,
Tu verras Montmartre…
Quand je suis né dans le sixième,
Même en me grandissant,
Manquait pas mal d’arrondissements
Pour me hisser dans le dix-huitième,
Car on ne pouvait apercevoir
Que le jardin de l’observatoire,
Et, même en montant là-dessus,
Je n’voyais pas Montmartre.
Après, chez mon grand tonton,
J’n’ai vu que l’ Panthéon
Du sixième… Du sixième ?
Le panthéon, c’est dans le cinquième !
Bah oui ! Sous le toit, du sixième,
On voyait le toit du Panthéon du cinquième,
Mais d’ici, près de l’âtre,
On n’voyait pas Montmartre.
D’Ormesson, je réfute,
Qu’on aperçoive la butte,
Au Mans, y’a bien des Batignolles,
Y’avait bien des écoles,
Mais, au vu du cadastre,
Y’a toujours pas de Montmartre ;
Pour défendre ma cause,
Remonter à Paris oui ! j’ose.
Boulevard de Strasbourg,
Je n’suis pas assez haut,
Au pas de charge, je passe
De la Cavalerie à la Voûte
Sans même me hisser ;
Alors maintenant, je doute,
Et, comme dirait Henry Monnier,
« Si t’es à la bourre,
si t’es à la ramasse,
va t’faire voir chez Plumeau ! »
Et, nous y sommes allés,
Ma copine et moi, nous faire voir « Chez Plumeau »
A tour de rôle tout le monde était chambré
Par Roger Ruelle : Aristos, Bourgeois, camelots
Et, même tonton Robert,
Jeannette, ou bien Prosper ;
Tout le monde était en prise,
Et, il faut bien le dire,
Ici, c’était la crise,
Oui, mais la crise de rire !
Et puis à la Bohême,
Avec Alex, on entonnait en chœur
Toutes les chansons paillardes ;
Personne n’avait la flemme,
On y mettait du cœur
Dansant tous les quarts d’heure,
Reprenant sans pudeur,
Les chansons de « corps de garde »
Pour le prix de quelques verres,
« On ne manquait pas d’air »
Et actuellement, où tu vas ?
Hier j’allais à U.V.A.
U.V.A., « Kekseksà » ?
C’est peut-être pour bronzer ?
Non, c’est pour poétiser !
A cette nouvelle adresse, c’était là,
Qu’après avoir été « Interloqués »,
Nous nous étions recasés,
Mais ici, maintenant, hello !
On se retrouve au Bab’Ilo
Le rendez-vous des poètes,
Réunis pour faire la fête,
Sur la butte Montmartre,
Sur la butte Montmartre…
Poème de Christian Lafont
Décembre 2007 actualisé le 16/02/2013

Photographie de Lolive
"Chez Plumeau"
bema

« A Paris, les mois se dépensent
en menue monnaie
et quand on jette le calendrier
on est stupéfait de se trouver
ruiné sans avoir rien acheté. »
Edouard Estaunié
« Paris est une fête »
Ernest Hemingway
Adieu Paris
de An Pra



« Le feuilleton est aujourd’hui l’omnibus
qui fait le service de Paris
au temple de la gloire ;
il part à toute heure et à tout prix.
Mais...
Ici je fais comme lui :
Je m’arrête en route. »
John Petit-senn
« Ne pouvoir se passer de Paris,
marque de bêtise ;
ne plus l’aimer
signe de décadence. »
Gustave Flaubert
Belleville
de Yves P. Picart
Belleville se révèle dans le petit matin comme si rien n’avait changé pendant la nuit, comme si les guerres lointaines n’avaient pas de prises ici, en apparence.
Le boulanger-pâtissier impudique affiche dans sa vitrine des cornes de gazelle.
A l'angle du boulevard, brillent encore les néons rouges du "Paradis" asiatique. Des femmes arborent des affiches aux signes cabalistiques devant la boucherie où les hommes palabrent sans fin rivés sous leur casquette. Le balayeur basané a troqué son balai contre une lance à eau et, avec le même sourire au coin des yeux, taquine les chevilles des passants. Pendant ce temps, l’eau des caniveaux dévale les ruelles, joyeuse et nonchalante, nettoyant tranquillement la terre, l’air et les êtres.
Belleville, je te rêve comme les vestiges vivaces d’une Commune qui se voulait universelle, le dernier bastion local d’un espoir immortel, un hameau polymorphe, polyglotte et poly-globe. Mais qu’est-ce que tu fous isolé(e) en haut de la rive droite, toisé(e) du Montmartre au tour triste operator ? Je vais te délocaliser dans mes rêves côté cœur, te déporter en masse à la gauche du fleuve, te dériver en inversant le cours de la Seine.
Belleville, traversée d'invasions de barbares riants, impression au soleil levant de touches multicolores, arc-en-ciel ancré comme un pont sur des rives improbables, il plane parfois dans tes rues un fragment de l’esprit de Paris, un soupçon des fragrances bariolées, une paix partagée qui fait le tournoiement, l’éclat et l’âme des Nations.
Texte d’ Yves P. Picart
24 février 2010

bema

« Peut être Paris ne vaut-il
que par ses provinciaux ? »
François Mauriac
« Paris est tout petit
pour ceux qui s’aiment
d’un aussi grand amour. »
Jacques Prévert
Combien, vite,
je t’aimais
de Maryse Licette

J’étais bien dans ma calme province
Pourquoi la quitter pour Paris ?
Quand j’arrivais Rue des Amandiers
Je fus accueillie par un infernal boucan
Tous les soirs police, ambulance, pompiers
Et les poivrots qui braillaient…
Paris, Paris, comme, alors, je te détestais
Mais combien, vite, je t’aimais !
A moi, comme un livre d’Histoire
Sans cesse tu t’ouvrais :
Le Père-Lachaise et son mur des Fédérés
La Rue de Ménilmontant, la Rue de Belleville
Où tant de combats se déroulèrent…
Je découvrais ce quartier populaire
Avec sa foule bigarrée aux doux accents étrangers
Paris, Paris, dans ton sillon tu m’entraînais :
Quartier de la Bastille (espiègle petit Gavroche surgissait)
Place des Vosges (hommage à Victor Hugo)
Rue de Rivoli, Hôtel de Ville
Ah ! oui, la Place de Grève (je voyais les têtes tomber)
La Seine qui, paisible, son cours suivait
(plus tard, des corps algériens elle charrierait)
Le célèbre Quartier Latin
La Conciergerie (triste fin pour l’« Autrichienne »)
Place de la Concorde, Champs-Elysées, Invalides
(Louis XIV et Napoléon revivaient)
Le Pont Alexandre III (symbole de l’amitié franco-russe)
La Tour Eiffel, bien sûr, la « dame » la plus célèbre
(combien d’encre, à sa naissance, elle a fait couler !)
Qui veille sur la ville adulée
La Butte Montmartre du Sacré-Cœur couronnée
Rendez-vous des touristes et des peintres
(pensent-ils parfois aux Communards
qui, courageux, sous les balles tombèrent ?)
Paris, Paris, ville aussi des Arts
Ville de l’Amour pour les étrangers
Tu ne finis pas de m’étonner…
Mais comment, donc, ai-je pu te détester ?
Te quitter pour m’expatrier ?
Révolution, Commune, Mai 68…
Je referme mon livre d’Histoire…mais
Pour retourner à Montmartre,
Avec ses vignes célèbres
Et sa Ruche non moins célèbre
Où les abeilles, nombreuses, viennent butiner
Tous les arts confondus, à longueur d’année…
Paris, Paris,
Combien, vite, je t’aimais !
Poème de Maryse Licette ,
le 24 mai 2013
D.R.

be

« Compte tenu du nombre de bouchons,
Paris a bel et bien été mis en bouteille. »
Régis Hauser
« Le vrai parisien n’aime pas Paris,
mais il ne peut vivre ailleurs. »
Alphonse Karr
Ode capitale d'août
de Fabienne Schmitt
La ville dégrafe son corsage
Et se détend le long des quais
Entre le soleil et l’orage
Paris se tait…
Délestée de ses résidents
Elle fait dorer ses pavés gris
En oubliant son fil du temps
Paris sourit …
Sur ses trottoirs abandonnés
De vieux êtres courbent le dos
Seuls témoins dans certains quartiers
Paris a chaud …
Moi aussi j’ai plié bagage
Vidé les tiroirs de ma tête
Embarqué vers d’autres rivages
Paris s’embête…
J’ai laissé aux grands de la terre
Le combat des douleurs du monde
Toutes ces erreurs qui désespèrent
Paris se plombe …
J’ai enterré toutes les rigueurs
L’I pad et les ordinateurs
Les obligeants, les obligés
Paris se leurre
Ainsi je suis restée cachée
Le corps posé sur l’infini
De l’écume et les yeux fermés
Paris s’oublie…
Puis ma paresse bien essorée
J’ai laissé la vague à sa lame
Retour aux figures imposées
Paris se pâme
Des bruits gris ce matin m’éveillent
Senteurs de cahiers et de craie
Couleurs aimées de mon enfance
Paris renaît …
Pourquoi j’éprouve tant de plaisir
Dans cette ville où tout me plaît
Même les jours de mauvais jours
Paris le sait …
Poème de Fabienne SCHMITT
© copyright Fabienne Schmitt - tous droits réservés –
bema

« Le métro de Paris,
gigantesque ver luisant sur les toits de Paris,
a tissé des fils d’argent. »
Edith Piaf
« Mais Paris est un véritable océan.
Jetez-y la sonde,
Vous n’en connaîtrez jamais la profondeur. »
Honoré de Balzac
Couleurs
de Michèle Lassiaz-Chambon
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à Hervé
Des touches de couleurs serrées sur un trottoir
De la rue Montorgueuil
Des agglutinés bavant devant un saltimbanque
Des badauds déambulant fontaine des Innocents
Des croquants de la Butte Montmartre
Des amerloques sur les Champs
Des mitrailleurs de la gâchette, parvis Notre-Dame
Des fanfares bruyantes rue de Buci
C’est ça Paris
Des traînards, rue des Lombards
Des fêtards, rue de Lappe
Des routiers vieillots à Montreuil
Des sans lendemains dans le métropolitain
Des noceurs aux Quatre Chemins
Des farceurs à Saint-Germain
C’est ça Paris
Des foules bigarrées des Puces de Clignancourt
Des impromptus rue Saint-André des Arts
Des bourlingueurs fontaine Saint-Michel
Des hirsutes, des paumés, des faiseurs
Des harangueurs au forum Pompidou
C’est toujours ça Paris
Des bon chic, bon genre de la rue de Passy
Des africaines enrubannées, nattées
Vendant leur maïs cuit au marché, rue de Jean
Des boutiques d’étoffes chatoyantes de la Goutte d’Or
D’où s’échappent des djellabas
Des kyrielles de restaurants asiatiques
Grimpant rue de Belleville
Et des boutiques alléchantes
Aux odeurs d’Orient, passage Brady
C’est aussi ça Paris
L’église rustique, tranquille de Saint-Médard, rue Mouffetard
L’échappée de Saint-Eustache
Et l’humble Saint-Julien-le-Pauvre
L’indéfinissable Notre-Dame
L’insolite pâtisserie, basilique du Sacré-Coeur
L’élégante Sainte-Chapelle
La raffinée Saint-Séverin
Et la modeste église des Billettes
C’est encore Paris
Ceux qui vous bousculent sans vous voir
Ceux qui ne voient rien
Harassés par le train-train
Ceux qui frémissent de bonheur
A rêvasser sur la passerelle des Arts
Ceux qui s’avachissent sur les grilles des bouches de métro
Ceux qui boivent au goulot
Ceux qui n’ont plus rien
Que la désespérance, métro Rambuteau
Ceux qui sourient encore
Au bonheur de regarder les promeneurs
Jardin du Luxembourg
Et ça, c’est encore Paris
Poème de Michèle Lassiaz-Chambon
Extraites de "Fleurs et pleurs"

Photo de Kikifacenelson
bema
« Voici, jusqu’au milieu du ciel Paris,
le premier port des hommes.
Quai de la Seine avec leur pêche aux livres ;
Luxembourg, paradis des nourrices ;
Tour Eiffel, la girafe des tours. »
Jorge Carrera Andrade
« Ajoutez deux lettres à Paris :
C’est le paradis. »
Jules Renard
Canicule
de Cypora Herszhorn

Avec un doigt posé sur les lèvres du jour,
Ses cailloux se consument au feu de midi,
Suffoquant est l’été sous les toits, dans les cours,
Et s’il retient les mots, l’ennui s’y assoupit.
La Seine s’étire sous le Pont Mirabeau,
Juste un merle s’émeut du silence des rues,
Si les quais sont déserts, voici qu’au fil de l’eau,
Délaissant sa couvée, un canard s’est perdu.
Les péniches s’en vont leurs maisons sur le dos,
Notre-Dame, déçue, les regarde passer,
Se disant, qu’elle aussi, en lui tournant le dos,
Irait bien vers la mer en laissant la Cité.
Les pigeons, du donjon qui surplombe la ville,
Ecoutant s’égrener les heures au clocher,
S’enfuient, indifférents aux minutes qui filent,
Au bruit, comme aux badauds sur les bancs désertés.
Alors, Paris s’endort sous le poids de l’ennui,
Dans l’espace fiévreux, le bitume s’enflamme,
Derrière les volets, on attend que la pluie
S’en revienne apaiser le brûlant macadam…
…Mais, voici que le soir boit la sueur des vitres
-Comme un linge posé sur le front d’un enfant-
Et s’épuise le jour que la nuit, d’une épître,
Vient charmer de ses vers sous la lune d’argent.
© Cypora Herszhorn
(extrait de LE MONDE A MA FENETRE)

Photo de Houpline/Sipa
bema
« Paris est la ville où les caniveaux
Sont les plus propres du monde
Parce que les chiens les respectent. »
Alain Schifres
« Paris, point le plus éloigné du Paradis,
n’en demeure pas moins le seul endroit
où il fasse bon désespérer. »
Emil Michel Cioran
Le Peletier
de Benoit Dumont-Gimenez
Sous le mât du Cros val d'osne
Qu’une boule blanche jalonne
Y a la station Le Peletier
Avec une bouche en fer forgé.
Sa mauvaise haleine de métro
crache son flot de parigots
Et étale en rue de Paname
Un vomis de corps et d’âmes.
Le sac et ressac de la foule
Dans les escaliers s’enroulent
Aux humides relents ventilés
Des ténébreuses veines bondées.
Toutes les deux minutes,
La foule se culbute
Pour de la bête s’extraire
De sa trachée-artère.
Un mec, le nez dans la lecture,
Se cogne sur une belle créature.
Pardons et regards se mélangent
En l’attirance de deux anges.
Mais leurs désirs est illusoire
Ils étaient en congé probatoire
Le retard n’a pas le temps
A profiter d’un instant.
Et dans toutes les rues si grasses,
Les laves de vie coulent en mélasse
S’extirpent moites des entrailles
Et s’évaporent dans la grisaille.
Poème de Benoit Dumont-Gimenez
Extrait de "Le bistrot des poèmes", 2010

Photo de Gérald Colangelo
bema

« Dieu a inventé le Parisien
pour que les étrangers ne puissent rien comprendre
aux français. »
Alexandre Dumas
« Conduire dans Paris,
c’est une question de vocabulaire. »
Michel Audiard
Filature
de Yves P. Picart

Le filé -"Je consulte ma montre, quai de l’horloge.
Serai-je à 14h rue du Cherche Midi ?"
Le filant -"J’échafaude mon plan, rue Descartes"
Le filé -"Je gare mon clou quai de la gare"
Le filant -"Je l’aperçois et le prends en filature, rue de l’Observatoire"
Le filé -"Je fais mine de rien, rue des Innocents"
Le filant -"Je joue les bons apôtres, boulevard Pasteur"
Le filé -"Pour être leste je n' avale rien, rue de la gare de l’Est"
Le filant -"Je le suis prudemment, rue Pas de Loup"
Le filé -"Il me pousse des ailes, boulevard St-Michel !"
Le filant -"J’enfile des bottes, rue de Nevers"
Le filé -"Je file au trot, rue de Longchamps"
Le filant -"Il accélère rue du Sacré-Cœur, le mien bat à 120"
Le filé -"Je force le pas, rue du pas d’Enfer"
Le filant -"Je m’engouffre, rue de Padirac"
Le filé -"Je cours comme un lapin, rue de la Garenne"
Le filant -"Je remonte le courant, rue Foucaud et augmente l’intensité, rue Ampère"
Le filé -"Parvenant à me défiler, rue des Dardanelles, je réussis à le perdre,
rue du Nord"
Le filant -"Il m’a semé ! Quand y’a un pépin, c’est toujours pour ma pomme,
rue Newton !"
Le filé -"Je m’arrête dans un bar, rue des écluses"
Le filant -"Je m’égare, salle des pas perdus"
Le filé -" Je vais de droite et de gauche, rue Serpente"
Le filant -"Je me cabre et je brais, rue du Pas de la Mule"
Le filé -"Je tire des bords, rue de Louvois; j'en ai le tournis, rue de Tournon."
Le filant -"Je la croyais droite et pourtant elle tourne, la rue Galilée"
Le filé -"Je m’étonne de voir voler des moimeaux rue Desnouettes."
Le filant -"Le voilà : il sort de sa coquille, rue Saint-Jacques"
Le filé -"Le voilà et ça se corse, rue d’Ajaccio"
Le filant -"Il tente un croque-en-jambe, venelle du Faucheur"
Le filé -"Je prends un coup d’assommoir, rue Emile Zola"
Le filant -"Je prends un coup de froid, rue de la Glacière"
Le filé -"Je lui donne des coups, rue Ramponneau"
Le filant -"Je lui donne un coup de bec, rue Lepic"
Le filé -"Je souffre le martyr, rue du Calvaire"
Le filant -"Je me fais un beau bleu, rue du Danube"
Le filé -"Je résiste, rue de Verdun"
Le filant -"Je lui en colle un long, rue Caulaincourt"
Le filé -"Dans l’allée des Refuznikes, ta mère aussi !"
Le filant -"Il prend la fuite, rue de Varennes"
Le filé -"Je suis au bout du rouleau, rue de la Pompe,"
Le filant -"Je vini, vidi, rue de Vinci"
Le filé -"Je contessssssss-ste, rue de Ségur mais je me rends, rue d’Alésia "
Le filant -"Je le coiffe"
Le filé -"Et on fait copain-copain"
Le filant et le filé -"Rue du Poteau!!!"
Texte écrit par Yves P. Picart
D.R.

Cette scène fut joué lors du Printemps des poètes 2012
par Didier Laloux et Eric Tournecuillert
be

« Paris, ville de plaisirs,
où les quatre cinquièmes des habitants
meurent de chagrins »
Chamfort
« L’air de Paris est si mauvais
que je le fais toujours bouillir
avant de respirer. »
Erik Satie
Jardin des Batignolles
d’ Alain Briantais

Jardin des Batignolles
un banc
au soleil de midi
il se laisse bercer
sous l’astre chaud
sous l’objectif
d’une amie photographe
le printemps pour témoin
il a retiré ses lunettes
se laisse deviner
Jardin des Batignolles
dans sa longue esquive du soir
le même banc
il regarde les photos
les étudie de près
est-ce lui ?
il rougit
sourit un peu
il n’a jamais été aussi beau
ça le trouble
et l’enchante à la fois
Jardin des Batignolles
dans la nuit blafarde
et sous le chuchotement des arbres
plus d’interdit
il a franchi la grille
il sera demain Hamlet
Arlequin
et tant d’autres
Jardin des Batignolles
dans le matin bienveillant
sous le regard délicieux
des azalées grandiloquentes
et des camélias timides
Il sera lui-même
lui-même plus que tout
et c’est déjà beaucoup
Poème d’Alain Briantais
DR
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bemaal

« A Paris , il y a les impôts sur tout,
on y vend tout, on y fabrique tout,
même le succès. »
Honoré de Balzac
« Paris sera bientôt la seule ville au monde,
ou, au réveil, on pourra entendre
les petits oiseaux tousser. »
Pierre Doris
Paris
de Ysia Plume d'encre

Je suis Paris, arcades des ponts,
la grande ville à l’horizon
la foule des toits d’où émergeoient
coupoles et tours des anciens jours
Sous nuages gris ciel de Paris
qui unifie, noie tout de gris
je suis la masse où tout se poisse
dans les bas-fonds, sous tous les ponts
Je suis Paris
gris des pavés noir des trottoirs
des pas pressés toujours en retard
D’aube de chez blême en nuits qui règnent
j’étire mon gris poussière souris
Je suis Paris
Le soir éclaire sans avoir l’air
d’autres lumières – des éphémères
sursauts de vie – et se ranime
toute la frime sort de l’abîme
de nouveau. Rime de mes envies
Paris je chante Paris je danse
Paris je pense aux mélodies
Paris je joue je reprends goût
et je déjoue, Paris, ton gris
En une farandole mes chevaux décollent
du jour qui raffole de l’éternel gris
Mes rideaux se lèvent sur un choix de rêves
vers lesquels s’élèvent les gris de Paris
Mes façades s’éclairent de toute la lumière
de la nouvelle ère en une féerie
et mes enjambées de ponts éculés
par-dessus les quais m’évadent de ton gris
Paris
Poème d'Ysia Plume d'encre
5 janvier 2013
D.R.

Illustration d' Ysia Plume d'encre

« Tour Eiffel,
guitare du ciel »
Vicente Huidobro
« On ne choisit pas ses parents,
on ne choisit pas sa famille,
on ne choisit pas non plus
les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger
pour apprendre à marcher. »
Maxime le Forestier
Parivages
de Sabine Kahsay Habtemicael

A mes pieds s’étend une mer
Et moi je la surplombe



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