Vive l'été 2015 !

« Quand ils n'ont pas de moteur, les oiseaux sont
obligés de battre des ailes pour voler . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« Quand on ne la regarde pas, la mer en
profite pour monter . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
«Il n'y a que le coeur qui aille aussi vite
que les hirondelles.»
Lacordaire (04 septembre 1835)
-Lettre à madame Swetchine-


Les Mouettes cesseront
de rire de nous
de Mylène Vignon
Au désert ligérien de la mer des faluns
Elle avait découvert l’ombre du matin
Entre ses cheveux de lumière
Nourrie d’oxymores
D’air de rien
De révoltes et de Graal
Se mirait en comète au flux d’un océan
Dans ce désert navrant que l’inculture étale
Elle est seule
Elle entend
La face cachée du vent
Neuve comme une infante
Blanche comme une vierge
Que le désert invente
Grain de sel, grain de sable, grain de vie
Madrépores endormis en ces eaux évanouies
Les pages d’une maison attendront l’improbable retour
Elle les imprimera à l’encre sympathique
Et pourvu que les âmes n’en soient pas étonnées
En l’île perdue des sables du silence
Elle dit :
Je rendrai au ciel son abîme
Où s’accroche le temps sachant…
Mylène Vignon DR

« Il est incontestable, que de tous les arts, l'art culinaire
est celui qui nourrit le mieux son homme. »
Pierre Dac-Pensées et maximes
( extraits de l'Os à Moelle)-
«Les abeilles putinent, pour faire du miel dans des cruches . »
Jerôme Duhamel -Le dico tout
fou des écoliers-
FIGURE
de Hervé Gosse
Figure jaune, violacée
Le nez en quart de brie
Fourré dans un tas de chiffons
De sales mouchoirs verdâtres
Figure cubique avec des marques
De moisissures blanchâtres avec
Du rouge à lèvres épais
Des flaques de sauce vinaigrette
Dégoulinant sur la tête avec
Du jus de viande rouge
Des Larmes de sauce tomate
Faisant glouglou sur les joues
Un beau visage bien tranché
D'un violent coup de hache
Aux yeux blancs, jaunes d'oeuf
Vidés de leurs coquilles, ramollos
Comme des prunelles sans noyaux
Des lèvres tordues de rire jaune
Des joues rosies, rougies, rôties
Brûlées çà et là par la cuisson
Des yeux pochés, poivrés, salés
Et fourrés sous la langue avec
Une salade d'oreilles bien fraîches
Et un menton mou tout dodu
Tel un baba trempé dans du rhum
Saucé dans de la crème anglaise
Une figure peinte, belle à croquer.
Hervé Gosse DR 2015

« Si les avions n'étaient pas plus légers que l'air,
ils n'arriveraient pas à voler . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
«La vie n'est pas un conte de fées.
C'est un compte de faits.»
Henri Jeanson (1900-1970)-Soixante
dix ans d'adolescence-

Sur la plage aux pieds nus
de Cypora Herszorn
Sur la plage aux pieds nus, je marche sous le Vent
Au gré des alizés et l’air sent la vanille ;
Les palmiers me saluent… Comme c’est émouvant
Et si bon de voguer en pirogue aux Antilles,
Jeter l’encre et mouiller dans ce port familier
Où Paul et Virginie ont vu tant de frégates
Qui s’envolaient alors, et porter des colliers
Epicés de senteurs de cocos, d’aromates.
D’ici, l’écho plaintif, mais joyeux des toucans
Retentit, coupant court à l’instant puéril
Où le relief s’endort dans le lit du Volcan,
Pour jaillir et renaître en enfantant des îles.
Là, les Dunes dorées, jonchées de Coquillages,
Ressemblent, tour à tour, ô divines Vestales,
A celles du Désert où le Simoun voyage…
…Mais, ici, l’Océan en a fait ses vassales !
En camaïeux de vert aux reflets admirables,
Le bleu Lagon ravit l’allégorie des Cieux
Et, telle une sirène au galbé désirable,
Charme de ses attraits la faconde des Dieux !
Au lointain, je perçois -comme aux braises de l’âtre-
L’horizon mordoré où se couche, éphémère,
Le Soleil, filon d’or, sur des limons d’albâtre,
Avant de se glisser sous des draps outremer.
Et, le long des chemins aux foyers triomphants,
Des beautés aux seins lourds dans leurs robes créoles,
Dans l’agonie du Jour, pour calmer les enfants,
Chantent des mélopées dont les mots les cajolent…
…Ô comme j’aimerais quitter mon gris Paris
Et rester, sans retour, dans ces îles lointaines,
Car jamais, par ici, l’hibiscus ne flétrit
Et le ravissement ne fait place à la peine !
Mais, hélas, il est temps de laisser là mes rêves,
Les tam-tams oppressants ont de longs tempos tristes,
Car la splendeur, la grâce et la magie s’achèvent
Lorsque l’oiseau de fer atterrit sur la piste.
© Cypora Herszhorn DR
(extrait de J’AI CONJUGUE LE TEMPS
ISBN – 978-2-9538961-1-4)

« Le Sage habite au septième étage. En période difficile,
il est donc mieux placé que les autres
pour reprendre le dessus . »
Pierre Dac-Arrières-pensées-
«Un brave général ne se rend jamais,
même à l'évidence . »
Jean Cocteau (1889-1963)
Expressions libres des uns,
Enchaînements pour les autres
de Stéphane Cottin
Parle mon ami
Toi mon frère qui sombre chaque nuit,
Comme une ombre sur le pavé, sans bruit,
Sais-tu qu'une loi écrite, te protégeait,
Et que ton droit, par l'état est bafoué.
Parle mon ami
Toi mon frère que par justice on enferma à vie,
Parce que la vie t'avait maudit jusquà la lie.
Pas d'amour, pas d'enfance, et des coups pour caresses.
Aujourd'hui on te livre à ta mort quotidienne par sentence.
Parle mon ami
Toi mon frère interné, derrière les murs du silence,
Dans le mouroir qui te psy la raison, et te cadenasse,
Ta bouche en cadence psalmodie des prières enragées
Qui disent: je n'ai tué personne, pourquoi m'assiéger?
Parle mon amie
Toi ma soeur, que des hommes iniques et d'un autre âge,
ont réduite, soumise, et muselée derrière un grillage;
Ce beau visage de femme, qu'une heure la lumière épousa,
Et qu'on enferme, et qu'on enterre sous la bourca
Parle mon ami
Toi mon frère mon camarade, qui trente années durant,
N'osa soulever un geste de défi, devant le patron gueulant.
Ce matin fermeture! Block-out! Congédié! Il a délocalisé.
Ailleurs, il va gagner de l'or. Sur le carreau il t'a laissé.
Parle mon ami
Toi mon fils d'Afrique noire, semblable au mien, ici heureux
Toi embarqué, sur un rafiot pourri à vingt ans, toi si audacieux
Sur les vagues en furies, parce que là-bas, chez toi, les tiens,
On vous a dépouillés de tout, pour que mon fils ici ne manque de rien
Parle ma planète
Ô oui! Parle-moi du temps jadis et si ancien à ma mémoire,
Quand les hommes n'avaient pas encore écorché ton écorce
Volé tes réserves, souillé tes océans, dilapidé tes richesses
Dis-moi que le vent caressera encore, le visage des enfants
Parlez-moi
Stéphane Cottin DR

« Le romantisme est fait avec des poésies
pleines de larmes . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« Le moment d'être sage est voisin du tombeau.»
André Chénier-Elégies-
« Pourtant j'avais quelque chose la!»
André Chénier-En se frappant le front
le 25 juillet 1794 au moment d'être guillotiné-

Il souffle de partout...
de May
Il souffle de partout comme des airs de mort.
L’on n’entend même plus la source qui murmure,
Sous le sable s’éteint le soupir des lémures,
Tout se tait. Seul, au ventre un dernier vent nous mord.
Là-bas on assassine un essaim d’écolières
Assises étudiant à l’abri des longs murs
Pour apprendre à compter, à vivre un peu moins dur
Qu’avant et devenir des jeunes filles fières.
Ici, en pleine rue, on éventre l’humour
D’un caricaturiste excitant le prophète,
A qui l‘on fait payer une faute un peu bête
Du prix de tout son sang qui imprègne la cour.
Plus loin on décapite un précieux patrimoine
Dehors ou au musée où se raconte l’art
De tant de ces sculpteurs qui défiant le hasard,
De l’Etre ont reproduit la créature idoine.
Il souffle de partout la mort comme des airs
Echappés des fourneaux des forges infernales
Qui anéantit tout, cette mort si banale
Transformant la nature en un vaste désert.
May DR 2015

« Les fleurs sont jolies parce que si elles étaient
moches on les achèterait pas . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
«Les auteurs modernes font des livres tellement petits, qu'on ne peut plus mettre des fleurs à sécher dedans. »
Jean-Marie Gourio-Brèves de
comptoir 2000-
Coquelicots
de Alain Briantais
Je les observe, insolents d’audace,
Le long d’une route écrasée de soleil
Je les devine, impatients dans les blés
Taches de rouge étourdissantes
Qui bousculent lassitude et banalité
Taches de rouge impertinentes
Qui ravissent, inspirent, ou questionnent
Tout à coup, les voilà regroupés,
Fort nombreux, incroyablement nombreux
Une banderole dépliée au-delà du fossé
Cent mètres de long et bien trois de large
Qui surprennent et captivent le passant
Est-ce une manif aux couleurs de révolte ?
Est-ce un concert, indiscret, éphémère ?
Non, c’est l’avant-garde d’un tableau insensé
Une œuvre majeure, un éblouissement
Une folie que la nature impressionniste
Dessine sur plus d’un hectare
Un champ tout entier rouge de feu
Un champ tout entier rouge de vie
Qui offre aux elfes sa beauté magique
Je voudrais être un milan noir
Tournoyer tout là-haut dans la transparence
Et piquer comme un fou vers cette merveille
Drapeau incorrect qui ondule au vent fripon
Milliers de coquelicots fragiles et fiers
Outrageusement sensibles et séducteurs
Rassemblés dans leur offrande au ciel
Il faudrait s’en débarrasser
Crieraient les censeurs et promoteurs
Mais ce rouge garance, coquelicots,
N’est pas le rouge de la guerre
Pas plus que le grenat et le carmin
Les rouges de la jalousie qui tue
Ou de l’aveugle colère qui désunit
Ce rouge est le rouge de l’émoi
Qui pigmente les joues des filles
Le rouge de leurs robes légères
Qui s’ouvrent en corolles soyeuses
Sous des baisers ardents
Le rouge qui brûle sous le vent
Quand les blés appellent le désir
Si j’étais urbaniste respecté
Je les esquisserais ces coquelicots
Dans les villes rigides
Je les sèmerais à la volée
Et par grasses poignées
Pour que les amours juvéniles
Y goûtent l’irraisonnée fantaisie.
Alain Briantais DR

illustr.coquelicots extrait Baj

« Un Ordinateur, ça sert à avoir l'air bête quand
on ne sait pas s'en servir . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain.
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.»
Ronsard-Sonnets pour Hélène-
Avis à toute créature
de Nora Jean
Quatre roses dans le jardin cette nuit déposées. Les trois premières dans l’heureuse confusion de leur entretien se plaisent puis se taisent. La quatrième vers une possible confidence un peu se penche. Mais au doigt glissé un lien de rien lui suggère l’absence d’espérance. Enfin au moment de partir ces paroles murmurées « Prends tendrement dans tes bras –telle une mère son enfant chagriné- le ridicule d’un besoin d’être, le médiocre du désespoir, la pauvreté des sagesses et sans barguigner sombre dans le premier désert de rencontre. Ton corps de fleur depuis longtemps aura perdu la trace des pistes et leurs flèches obligées quant au creux d’une dune tu t’effondreras sous l’infime poids de la mort. Ne crains ensuite ni l’infernale enfonce des marécages ni la grime des paradis car jetant aux ronces fardeaux et grelots des mondes, tous les déflux de l’univers - un jour se connaissant tels - épouseront un néant de contre-azur, cela est sûr ».
Nora Jean DR 2015

« Ronsard n'a écrit qu'un seul poème qui raconte une histoire de fille qui veut aller voir des roses . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« Rien n'est moins sûr que l'incertain . »
Pierre Dac-Pensées-
Le Désert des sentiments
de Jean-Claude Junillon
Sous l’ordre minéral,
Le désert des sentiments,
Et l’agonie des langues liées par le silence…
Temple de la parole,
Le poète solitaire,
Espérance du nombre…
J.- C. Junillon DR

« La vérité sort de la bouche des enfants même
quand ils mentent . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« La vérité vaut bien qu'on passe quelques
années sans la trouver.»
Jules Renard-Journal-
Désert
de Catie CANTA
Celui de la page blanche
J’ai le cerveau qui flanche,
Celui des beaux dimanches
L’ennui, pour seule présence.
Papier bleu nuit étoilé
Guidant les mages et les bergers,
Rêves nomades en transhumance
Qui ont bercé mon enfance.
Silence des hommes bleus
Là où tout est précieux,
L’eau, la vie, l’herbe….
Ici, est né le verbe.
Catie Canta DR 2015

« Si les gens meurent moins de crise cardiaque, c'est
qu'ils meurent avant pour d'autres raisons . »
Jean Yanne -Tout le mondeil est beau,
tout le monde il est gentil-
« La liberté c'est un mot qui a fait le tour du monde
et qui n'en est pas revenu.»
Henri Jeanson (1900-1970)

Désert Désir
de Yves Alain
Dédié à Ricardo Siguenza
Je te nomme, désert, où mon désir s'exile,
Désert des hamadas, désert des plateaux nus
Où le vent, seul vivant, se tord tel un reptile
Se dresse, s'enfle et siffle, aiguisant d'éclairs blancs
le minéral épars,
Noir,
Venu
( de quel astre tremblant?)
s'échouer sur ces terres stériles.
Je te nomme, désert, le lieu de mon exil.
Mes yeux cherchent en vain vers l'horizon le fil
D'un tassili plongeant dans les dunes dorées
De l'erg où croit, improbable, la centaurée,
Mais la plus humble fleur, mais l'herbe la plus vile,
Le souffle caressant sur l'échine servile
Des amoncellements moutonnant à l'envie...
Et quand l'aube, soudain éclate et fait briller
Maints joyaux que la nuit avait fait oublier,
Gemmes d'or, d'améthyste et de rose rubis,
Alors, dans tout ce feu du sable retrouvé,
Le cœur se prend à battre avec plus de vigueur
(Après tant d'atonie, le battement certain?)
Et l'oeil accoutumé reconnaît au lointain
La lente cheminée des chameaux endormis
Surlignant l'horizon ou quelques méharis
Franchissant l'étendue, cou tendu à l'arrache,
Eclairs roux chevauchés de diables blancs flottants,
Sans rien au bout des bras, ni lance ni cravache.
Ô les cris répétés fluant en stridulence
Des modernes goumiers échappés des gourbis
Abandonnés par place, innommés, noir fourbis
Que la lumière accuse et rend plus noir encore !
Et la vision s'enfuit …
Fugitive, une fleur, la pauvre fleur des sables
Sourit à l'étranger puis s'efface, incapable
D'exhiber plus longtemps son fragile appareil,
Un petit animal, sur le bord de son trou,
Chuchote un au revoir et rejoint son sommeil …
La lumière, soudain n'est plus qu'un océan
Blafard où toute forme chavire, néant
Des dunes effacées, de l'horizon perdu
Dans l'unique clarté du ciel et de la terre...
Le désert entrevu n'est plus qu'une étendue
Plate jusques à l'infini de cailloux et de terre
Où s'accroche parfois un maigre végétal
sans couleur, écrasé sous l'aveuglant fanal
D'un soleil défendu à nos faibles regards.
Soif, amère soif, soif ! La pensée s'annihile,
Nom, présent , passé, tout devient inutile,
Seule une angoisse étrange étreint l'âme docile
Au châtiment de feu que le ciel lui inflige.
Heureux celui qui peut, d'un cœur mâle et tranquille
Affronter cet espace et cette solitude !
Baptisé par le feu, dédaigneux de la soif,
Devenu de son dieu, par cela, homme lige,
Il sortira vainqueur, prêt aux épreuves rudes
De la vie. Et le soir, au bivouac, quand la nuit
Donnera à son cœur la fraîcheur, à ses yeux
Apaisés la splendeur de la voûte des cieux,
Un chant inaltéré, un hymne, une prière,
Fût-il moine ou soldat, fût-il même les deux,
Montera de son cœur, unissant ciel et terre.
Je t'ai nommé, désert, le lieu de mon exil.
Yves Alain DR 2015

« Il n'y a pas d'arbres dans le désert parce qu'on
arrive pas à y faire pousser de l'eau . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« Fruits et racines ont même commune mesure
qui est l'arbre.»
Saint-Exupéry -Carnets-

Illustration extraite du livre de Geneviève Novellino "Une Traversée" aux Editions du Net
Sable stérile
de Geneviève Novellino
Sable stérile
lumière de ciel figé
vent tombé
ni traces
Cœur débordant
lèvres sèches
des mots se tordent
air raréfié
Marche lente
boussole affolée
frisson de chaleur
froid des mains seules
Nuit verticale
ciel d’étoiles
silence à perte de vue
pas égarés
Geneviève Novellino inédit DR

« Dans les poésies un Alexandrin est un vers qui fait
plus ou moins douze syllabes . »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
« A peine ouverte au jour, ma rose s'est fanée »
André Chénier -Elégies-

Et je te tiendrai par la main
de Paul-Eric Langevin
"Je te suis dévoué corps et âme
Car tu sais toujours rallumer ma flamme
Tu es la magicienne de mes rêves
Et ne pas te voir j'en crève
Tu seras toujours avec moi
Car ensemble nous sommes dans la joie
Mais comment inventer notre bonheur
Alors que tout en nous n'est que pleurs
Peut-être alors faut-il partir
Ensemble vers quelque mystérieux avenir
Regarder dans la même direction
Et utiliser au mieux tous nos dons
Que ferais-je si je ne voyais ton visage
Toi qui m'aide à trouver le passage
Vers quelque destination inconnue
Sans doute un paysage ou bien une rue
Nous irions là-bas tous les deux
Le long de ton corps merveilleux
Et tes cheveux dansant dans le vent
Seraient pour moi d'immenses champs
Où semer notre amour un peu plus chaque jour
Où échapper à la douleur pour toujours
Où trouver la force de vie
Où continuer malgré tous les cris
Les cris des monstres et des fantômes
Qui nous envahissent de leurs symptômes
Ceux malgré qui on continue
A faire les fous, à sortir dans la rue
Sortir avec toi un beau soir
Et puis arriver à te donner l'espoir
De te lever le lendemain
Car je te tiendrai par la main."
Paul-Eric Langevin DR

« L'Argent des uns n'a jamais fait
le bonheur des autres . »
Jean Yanne -J'me marre(2003)
« Dieu a sagement agi en plaçant la naissance avant la mort; sans cela, que saurait-on de la vie ?»
Alphonse Allais -Le Chat noir-

La fonte des sables
de Mariéva Sol
Le désert a fleuri
Les sables ont souri
Le soleil se fait doux
Sur mes cheveux trop roux
Avec juste un baiser
Tu es venu briser
La vie désespérante
De ta petite amante
Me voici à genoux
Amoureuse d’un fou
Une brise bonheur
Me rafraîchit le cœur
Vois, mon âme aux abois
Inondée de ta Joie
Qui n’était que soupirs
Soudain se met à rire
Et tout ce qui m’accable
S’enfonce dans le sable
De l’éternel oubli
Je me couche en ton lit
Où tu m’as attendue
Au long des jours perdus
À te chercher en vain
Au fin fond des ravins
Et j’y hurlais ton nom
Prends-moi ne dis pas non
Épouse dès ici-bas
La Reine de Saba.
Marièva Sol DR

« Ecrire c'est une façon de parler sans être interrompu . »
Jules Renard-(1864- 1910)
« l'amour est aveugle, mais le mariage lui rend la vue. »
Lichtenberg -Aphorismes (1790)-

Mon cri dans le désert
de Serge Carbonnel
Dans le silence froid des noires solitudes
les cris sourds du passé chantent un amour de feu.
Où es-tu toi ma belle Si ton âme est trop pure
tu pleures le désert du ciel de tes grands yeux.
A la prime amourette mon cœur pur de jeune homme
a palpé le regret des sympathies de fer.
Où es-tu toi ma belle Je ne te veux pas comme
un grand soleil d'été qui chauffe le désert
Ma vie courte maudit cet inconnu futile.
Je ne sais si je dois t'attendre ou m'envoler.
Où es-tu toi ma belle Ton rire m'est utile.
Tous les autres au désert ne cessent de crier.
Le feu de l'esprit clair ronge le cœur fidèle
de l'homme fou rêvant du grand amour modèle.
Où es-tu toi ma belle Ton chant me fait souffrir.
Amis dans ce désert quel est notre avenir ?
Serge Carbonnel DR

« Sur Mars, il fait 160 degrés à l'ombre, mais
on n'est pas obligé d'aller à l'ombre . »
Jean Yanne-Pensées, répliques,
textes et anecdotes (1999)
-
-
« Si tu veux comprendre le mot de bonheur, il faut l'entendre comme récompense et non comme but. »
Saint-Exupéry -Citadelle-

Le Baptême du désert
de Sylvie Hérout
Dès l’arrivée à Sabria, village-oasis bâti dans le sable c’est le choc de la plongée dans le monde immémorial de la culture nomade.
Ça commence avec le dîner sous la tente bédouine de la famille Saoud installée pour deux mois dans son campement de printemps, avec ses chèvres, ses moutons et ses poules. Au menu, couscous, orange et thé aromatisé aux plantes du désert.
Serrés autour du feu, sous la lumière des étoiles, frissonnants sous le vent qui se lève mais vite réchauffés par le sourire bienveillant de la famille, nous nous sentons des princes, installés-là dans l’évidence de la chaleureuse simplicité de l’accueil.
Chaleur et simplicité toujours présentes durant les quatre jours de marche dans le désert sous la conduite des deux frères, Habib, tout intériorité et sensibilité, Mohamed, tout sourire et légèreté.
Quatre jours à marcher avec eux, nos pas dans le pas imperturbable des dromadaires, à travers les vastes étendues de sable et de dunes, de plantes et d’arbustes, sous le vent, le soleil ou la pluie… Eh oui, même la pluie qui, parfois, masque le soleil et le ciel bleu immense, mais que le savoir-faire des chameliers, prompts à nous mettre à l’abri, à préparer les repas comme si de rien n’était et… à calmer le ciel, rend joyeuse.
Bonheur du bivouac recommencé chaque midi, chaque soir, en découvrant notre nouveau lieu de vie provisoire, ses ressources, sa beauté.
Bonheur de la cérémonie du repas : pain cuit dans le sable, sous la braise ; fraîcheur suave des salades ; dîners roboratifs, couscous ou pâtes aux légumes qui débordent des assiettes toujours trop remplies.
Bonheur d’écouter nos chameliers nous raconter la vie ancestrale des nomades.
Étonnement constant de découvrir le désert avec ses plantes et ses animaux de toutes sortes, au milieu d’un monde minéral empreint de passé… Un monde de signes pour nos guides aux yeux de lynx qui savent, dans chaque trace, trouver des repères, de sorte qu’ils slaloment entre les dunes et les buissons avec une science jamais mise en défaut, et nous désignent tout ce que nos yeux qui ne savent pas voir n’avaient pas détecté.
Et nous, juste attentifs à ne pas nous laisser trop distancer le temps d’une photo.
Je croyais le désert monotone, silencieux et… désert. J’y ai découvert la vie. Une vie dont le centre est la vie.
Mieux qu’un voyage, une expérience, d’où je reviens… autre.
Sylvie Hérout DR

« Ce ne sont pas les coeurs purs qui évitent l'averse,
mais les gens munis de parapluie . »
Anatole France-(1844-1924)-
-
-
« C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. »
Edmond Rostang-Chantecler-

Pale Rider
de An Pra
Appelez-moi cicatrice
Sur mon canasson triste
Je descends la piste
Est-ce que j’existe encore ?
Je me souviens d’avoir piétiné la mort
Saleté de serpent qui se tord
Le venin a suivi la veine cave
Et je me sens cadavre
Une canaille de plus à compter
En enfer
Trois cents années que j’erre
Sur ma carne aux orbites vitrées
An Pra DR
in L’envol du Pipit farlouse

« Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre,
c'est regarder ensemble dans la même direction . »
Saint Exupéry-Terre des hommes-
-
-
« Le bonheur, n'est jamais triste ou gai,
il est le bonheur . »
Armand Salacrou-Histoire de rire-
Les Amants magnifiques
de Jean-Claude Junillon
Enfant, la terre fut sa dure matrice
Qui le laissa droit, sans le moindre artifice.
Tout entier soumis aux plus rudes labeurs,
Il n’eut que ses mains pour offrande,
Et un cœur neuf, pour qui saurait le prendre.
Elle, la tête faite aux duretés de la vie,
Avait su garder de la prime jeunesse
Toute l’allègre vivacité
En surplus de cette beauté que rien ne presse,
Hormis le grand besoin d’aimer.
Et lorsqu’au détour d’une ruelle ils se sont rencontrés,
Ils reconnurent en eux le signe grave et juste
De qui avait souffert,
Et qui avait la force.
Aussitôt, ensemble, ils se sont construit une destinée,
A coup de peine et de sueur,
Avec leurs mains, mais surtout avec leurs cœurs,
Obstinés,
Ordonnés,
Passionnés.
Six décennies leur furent alors comptées,
Toujours dans les rires,
Pour le bonheur de vivre,
Dans le bonheur d’aimer !
Et puis la vieillesse, cette gueuse sordide,
Est venue leur imposer son empreinte de fer,
Courbant les corps qui peu à peu se rendent,
Mais sans pouvoir leur ôter ce que, de concert,
Ils avaient su tisser avec le temps, pour mieux sceller leur entente.
Alors peu importait si, dans cet ultime combat,
Le cœur de l’un ahanait sous l’effort,
Ou que le pied de l’autre, sur le moindre obstacle, mettait bas :
Les deux amants visaient le même port.
Car chacun de l’autre se voulait l’ultime gardien,
Tout en sachant qu’il ne lui survivrait pas,
Mais fort de cet indéfectible lien,
Ensemble ils espéraient aborder les rives du trépas.
Pourtant, à cette ardente supplique
Les cieux furent hermétiques,
Et laissèrent la mort frapper à sa guise.
Bientôt la faux tomba mais sur une seule tête grise,
Puis sans s’attarder davantage, abattit le survivant,
Eploré et consentant.
Mais jamais tout au long de ces heures tragiques,
Ni l’un ni l’autre de ces amants magnifiques
Ne renia le sceau indicible de l’élection,
Que toute leur vie, avec passion,
Ils ne cessèrent d’honorer.
J.- C. Junillon DR
In memoriam GR et MR

« L'Avenir n'est interdit à personne . »
Léon Gambetta
-
«Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées. »
Stéphane Mallarmé-Poésies-
Adieu la ville
de Luce Buchheit
Un rugissement d’engin diabolique déchire l’air nauséabond, chargé de déchets séculaires. Les pigeons fuient, et leur vol alourdi de carbone et de peur compose un ballet macabre. Derrière moi, lentement disparaît la ville tentaculaire. Elle laisse sur l’horizon zébré une traînée laiteuse, salie par des siècles morbides.
Je jette mes illusions épuisées de déceptions sournoises. Je rejoins l’Algérie. Elle me demandait retour depuis longtemps. Je rêvais d’un ciel bleu intraitable, inflexible, frère de l’infini. Je prends la route du désert.
Avant de traverser l’immensité sableuse en minibus, j’entre dans cet univers magicien, en marchant, pour laisser à mon esprit un espace oublié. Je marche d’un pas sûr, en pensant à peine à ma destination. Je suis sûre d’être là où il faut. L’uniformité insondable du paysage adoucit mon inquiétude, me rend à moi-même. Je goûte ma solitude, si longtemps espérée.
A ce moment précis de mon voyage, surgit une voix. Vient-elle du désert, ou de mon esprit qui semble flotter au-dessus de moi ? Elle me dit :
-
Que viens-tu chercher dans cet endroit aride, oublié par les dieux ?
Je sursaute, et, sans qu’aucun son ne sorte de mes lèvres, je réponds:
-
Je ne cherche rien.
La voix, doucement, poursuit:
-
Que pourrais-tu trouver ici que tu n’aies pas chez toi, là-bas où tous tes désirs peuvent être comblés sans que tu n’aies, ni à te déplacer, ni à peiner ?
Le désert a-t-il donc de vrais pouvoirs magiques ? Suis-je folle, ou ensorcelée ? Mes pensées me sont devenues transparentes, je les lis, et je dis:
-
Je cherche un lieu pur, silencieux, inaltérable, dont le cœur serait une rose des sables résistant aux tempêtes. Une consolation à ma peine si vieille. Je cherche à m’alléger de cette part de moi perdue dans la course aux chimères, dans les bourrasques d’une vie insensée. J’appelle de mes vœux l’apaisement de mes sentiments éparpillés aux huit pointes de la rose des vents.
Et puis, sans que je n’aie fait un seul mouvement, je sens un frôlement sur ma peau. Je pousse un cri. J’ouvre les yeux. Je suis allongée en travers de mon lit. Ma compagne est penchée sur moi. Elle me caresse le front :
-
A qui parlais-tu, que se passait-t-il?
Son regard est tendre et inquiet.
-
J’étais si bien dans le désert, tu sais, viens avec moi.
Elle passe une main sous ma nuque. Son sourire est revenu, elle me dit :
-
Il est beau, ton rêve.
Luce BUCHHEIT DR

« Il n'y a rien de plus difficile à consoler
qu'un paysage désolé . »
Pierre Dac- Arrière-pensées-
-
«Les déserts sont abondamment peuplés de sable. »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-
.jpg)
C'est le désert
autour de moi
d'Hervé Gosse
Dans les rues désertes
Je marche au soleil
Un mouchoir sur la tête
Et ma gourde à la main
Personne aux fenêtres
Que des portes fermées
Ici, ni hommes ni bêtes
Tout est désert
Des dromadaires
Ou des chameaux
Je n’en vois pas
Et des amis aussi
C’est le vide autour de moi
Où sont les ermites ?
Où sont les grottes où ils habitent ?
Ici, la ville est ensablée
Totalement inhabitée
Et là-bas, la plage est vide
La mer ne remonte pas
Personne ne s’y baigne
Où sont les coquillages ?
C’est le vide dans ma tête
Je n’y comprends plus rien
A l’horizon, un mur
Derrière, un petit train
Une canne sur le mur
A son pied, un gant
Un ballon vert,
Du pain et un œuf dur
Puis plus rien
Mais, ici, c’est toujours
Une rue déserte
Personne aux fenêtres
Et là-bas, une plage abandonnée
Et seul, au loin, sur le sable
Un homme attend
Qui est-ce ?
Qu’est ce qu’il attend ?
Que la mer revienne ?
Avec les coquillages ?
J’attends qu’il bouge
On dirait un piquet de bois
Mais d’attendre
En plein soleil
La sueur sur le visage
Le temps s’écoule
Ma montre ramollit
Mes pensées ralentissent
Mes idées s’évaporent.
Hervé Gosse DR2015

« On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel
est invisible pour les yeux. »
Saint Exupéry- Le Petit Prince-
-
«Les Canadairs sont de gros avions qui se servent
de l'eau comme carburant. »
Jérôme Duhamel -Le Dico tout fou
des Écoliers-

Illustration de Nicole Dang
DÉSERT
de Nicole Dang
La joie d’un matin qui s’éveille
La mélancolie d’un soir qui s’éteint…
DESERT
La naissance d’un monde
Couleur « pétales de roses »
Berceau d’une Humanité
Apeurée, fragile, sans identité…
DESERT
Des dunes comme des lignes qui ondulent,
Dans des flous lointains couleur violine,
Des dunes couleur de feu
Quand le soleil s’embrase et meurt…
DESERT
Des dunes de sable chaud
Dont les grains crissent sous les pas,
Des traces de pas qui se perdent à l’infini…
Mais DESERT
Froid où souffle un vent glacial
Qui gémit comme un animal blessé
Des pierres ciselées par le vent
Qu’enserrent des cimes enneigées…
DESERT
Des hommes le traversent péniblement,
Emmitouflés, le dos courbés,
Mais quand ils lèvent les yeux au ciel,
Les étoiles les rassurent, leur sourient…
DESERT
Ou la fin d’un monde,
Où les hommes errent sans ombre,
Comme naufragés sur un radeau
Au milieu d’un océan de sable…
MAIS SOUDAIN,
Une drôle de petite voix qui dit
« S’il te plaît, dessine-moi un mouton »
La voix d’un enfant porteur d’espoir !
Car « même perdu au milieu du désert
A mille mille de toute région habitée »
Il y aura toujours « un petit Prince »
Qui dira « Dessine-moi un mouton »
Et au ciel des étoiles qui « savent rire »…
Nicole Dang DR 2015
En hommage à Antoine de Saint-Exupéry et à son « PETIT PRINCE »


« L'homme est plein d'imperfections, mais on ne peut
que se montrer indulgent, si l'on songe
à l'époque où il fût créé. »
Alphonse Allais-
-
«L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut
que qui veut faire l'homme fait la bête. »
Pascal-Pensées-
-

Je déserte
d' Alain Pizerra
Je déserte ce monde fessu, repu
où les pauvres s’enfoncent
et l’on rote devant eux.
Je déserte le blockhaus du « deux »
celui familles huis-clos ou bobo-culavé
et les perruchonneries en cages sécurisées.
Je déserte la cruauté du ciel
qui exile l’humain
coupable de croire en lui.
Je déserte la foule,
champignon grimaçant,
ses baves d’analphabètes
gavés des nuits comptables
de la gras-attitude.
Je déserte les « zumins »
reproduisant l’espèce,
une espèce sans espace,
progéniture d’esclaves
aux mimiques sociales.
Je déserte
la représentation de ces ombres résignées,
théâtre pour morts-vivants,
les bigoteries multiples,
kyrielle des peurs de vivre,
les singeries vides de sens
bouffons et leurs grelots.
Condoléances miteuses
pour les larmes versées
sur la mort d’une mère
où l’on ne triche pas…
Et je déserte aussi
ce qui nous fait croupir,
et qui nous fait pourrir :
le respect-marionnette,
les peurs assurance-vie
pour au-delà fumeux
et palingénésique.
Une vie, c’est tant déjà !
Obligeance à l’étoile
qui accueille nos dérives.
Je déserte toutes ces choses
et je déserte enfin
ces mots trop bien coiffés
et leurs rimes-courbettes,
leur préférant des taches,
une pensée vagabonde,
et puis des nuits hirsutes
sans le silence blafard,
l’ombre morne des églises.
Et j’accueille le désert
qui chante du cri des pierres
éclatant dans la nuit…
Une brûlure glacée : réveil
qui signifie le paradis.
Je pars pour des lointains
que l’on ne connaît pas
et leur dialogue au vent,
ce chant originel
qui fait naître les dunes.
Et puis des horizons nouveaux,
insoupçonnés,
où il n’y a rien à vendre
pas de portes à ouvrir,
larbins pour les garder.
Robe de nuit glacée
sur le désert brûlant.
A travers les sables
l’ombre de l’oiseau,
l’oiseau ardent,
étreint le royaume dans la lumière,
ultime vérité.
Alain Pizerra DR


Réagir